« Amours » : une romance extraordinaire [Festival d’Avignon 2022]

"Amours" : une romance extraordinaire [Festival d'Avignon 2022]

Bouleversant. Voici le premier mot qui viendrait à l’esprit en sortant d’Amours, un spectacle nécessaire et poignant qui est notre tout premier coup de cœur de ce Festival d’Avignon 2022.

Synopsis : Nous sommes en 1908. Tandis que son épouse dort, Anselme le notaire abuse de Céleste, la bonne, qui tombe enceinte. Pour sauver l’honneur de tous, Victoire, sa femme, décide d’adopter l’enfant. Mais elle n’a pas la fibre maternelle. En cachette, Céleste va tendrement prendre soin de lui. Une nuit, Victoire les rejoint dans la chambre sous les combles…

La représentation du spectacle s’est déroulée le 19 juillet 2022 au Théâtre Présence Pasteur, à 14h05.  Amours sera joué jusqu’au 29 juillet au Festival d’Avignon.

Amours : une magnifique œuvre poétique 

Voici une adaptation formidable du roman de Léonor de Récondo dirigé par Vanessa Sanchez de la Cie Arbre. En presque deux heures, le spectacle réussit à traiter admirablement de l’homosexualité, de la maternité, du désir, du corps et même de la religion.

Après avoir subi l’horreur, Céleste (Aurélia Poirier) tombe enceinte. Devant la terrible situation dont le mari ne comprend pas le problème, Victoire (Déborah Coustols) gardera l’enfant et le fera passer pour le sien. C’est alors que les deux femmes vont se rapprocher, se redécouvrir et s’aimer dans une société prompte au jugement.

Amours fait resplendir la problématique d’être une femme dans une société patriarcale. Elles n’ont pas besoin d’être mariée devant Dieu, elles n’ont pas besoin d’avoir la fibre maternelle, ni de vivre selon les choix de ses aînés… Mais c’est surtout l’histoire d’un amour impossible. Cet enfant né de la douleur permanente de Céleste deviendra le début d’une redécouverte de la vie.

Une interprétation fabuleuse qui doit être applaudie ! Crédits photos : Emeric Gallego

A travers la mise en scène très cinématographique à l’esthétique éblouissante, Amours envoûte, notamment pour ses mouvements de danse, qui permettent au corps des personnages d’exprimer leurs souffrances, leurs désirs et leurs craintes. C’est comme une façon de se réapproprier son corps et de l’émanciper.

Amours passionne aussi pour sa représentation de la société déshumanisée par l’intermédiaire de marionnettes. Ce sont eux qui dicteront la conduite, et qui tenteront de mettre un terme à la relation entre Victoire et Céleste, jugée dangereuse pour le mari par exemple. Le tout dans une extrême normalité.

Céleste, le bébé et cette marionnette déshumanisée qui ne remet jamais sa vie en question… Crédit photos : Emeric Gallego

Mais ce qu’Amours réussit à sublimer, c’est l’incroyable talent de ses interprètes. On ressent intensément ce désir de liberté, de vivre à nouveau, de comprendre sa place dans ce monde.

Bouleversant, Amours n’est pas juste une sublime romance tragique et poétique, c’est une véritable ode féministe qui se doit d’être découverte au Festival d’Avignon. Un bijou, tout simplement.   

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