Profession reporter : un cinéma inspiré de la réalité

Le métier de reporter au cinéma est un genre à la particularité évidente qui combine de manière étroite le thriller, l’action, le drame et la politique. Avec ce genre filmique, on face face à un trouble qui distille efficacement mise en scène divertissante, histoire et actualité brûlante au cœur d’un monde en perpétuel bouleversement.

Profession : reporter, Antonioni et le double personnage

En 1975, Michaelangelo Antonioni dirigeait Jack Nicholson dans Profession : Reporter, film portant un regard sur un journaliste, David Locke, qui voyage de pays en pays. Il se retrouve dans une confusion d’identité après avoir volé les papiers d’une personne décédée dans une chambre d’hôtel en Afrique qui lui ressemblait étrangement.

Dans cette histoire, les rencontres s’entremêlent, comme celle avec le personnage de Maria Schneider qui mènera Locke vers une passion amoureuse. Le réalisateur nous emmène au sein d’un voyage à travers une autre vie, où le danger latent guette à chaque instant notre reporter plongé dans un profond mal-être.

Dès lors, Antonioni nous amène à nous poser la question de savoir si la vie que nous menons vaut mieux qu’une vie que nous fantasmons. Nous ne sommes pas forcément les personnes que nous croyons être et faisons partie d’un monde où notre place n’est pas forcément celle que nous pensions. Un récit initiatique et onirique qui se conclut avec un travelling arrière de 11 minutes qui restera gravé dans l’histoire du cinéma.

Les présidents américains dans la ligne de mire

Les années Nixon ont été un véritable tournant dans l’Amérique des années 70. Elles ont provoqué un véritable coup de tonnerre au sein de la démocratie américaine. Nous sommes en 1976 et Alan J. Pakula réalise Les hommes du président, un thriller relatant le récit de deux gratte-papiers du Washington Post. Bob Woodward et Carl Bernstein enquêtent sur l’arrestation de 5 hommes qui se sont introduits illégalement dans un des bureaux du parti démocratique afin d’espionner le parti adverse en vue d’un sabotage électoral.

En mêlant fiction et réalité, le film de Pakula s’amuse des codes du thriller comme il pu le faire auparavant avec Klute (1972) et A cause d’un assassinat (1974). Il nous raconte comment l’obstination de deux journalistes a pu mettre en échec la politique de Richard Nixon, alors président des Etats-Unis.

Un thème qui fait forcément écho au film de Steven Spielberg, Pentagon Papers (2017) avec Tom Hanks et Meryl Streep. Les deux interprètes incarnent deux éditorialistes du Post qui publient des documents démontrant l’implication politique et militaire des États-Unis dans la guerre du Viet-Nâm depuis 1955 et le tout sera relié avec les évènements du film de Pakula.

A travers ces films, le métier de reporter devient un véritable sacerdoce. On suit des personnages prêts à risquer leur vie afin de faire éclater la vérité, sous peine de courir un danger évident. La liberté a un prix que l’on se doit de défendre.

Hitchcock et le Correspondant 17

Le récit journalistique approche parfois une forme de divertissement dramatique en lorgnant sur le modèle des Aventures de Tintin, à l’image d’un Alfred Hitchcock avec Correspondant 17 (1940). Le journaliste devient un héros plus proche du spectateur par rapport à un agent de l’ordre et avec un aspect juridique moins ambigu que celui d’un détective privé. Dans son film, Hitchcock suit un reporter, Johnny Jones, qui se retrouve empêtré dans une affaire d’espionnage international, sous fond d’émergence d’une Seconde Guerre mondiale.

Hitchcock définit déjà le style des futures codes du genre avec ce long-métrage qui deviendra l’un des piliers du polar et du thriller. Le journaliste devient un témoin direct d’évènements réels. Il permet de mettre la lumière sur des évènements ayant déjà existé, qui se déroulent actuellement ou qui pourraient advenir.

Bien au-delà de la figure du héros, qui veut endosser une autre peau comme dans le film de Antonioni, le journaliste vit en profondeur le réel dans une fiction qui décrit tantôt une actualité en tension et tantôt des évènements dont le commun des mortels ne peut imaginer. Il devient le héros témoin d’un monde en mouvement constant et où le public peut être également pris à parti.

Les reporters de guerre

La déchirure de Roland Joffé (1984) a très probablement été le film le plus viscéral sur la guerre au Cambodge, avec le Viet-Nâm en toile de fond. Alors que le film de Michael Cimino Voyage au bout de l’enfer (1978) s’inscrivait dans le cadre d’une relation amicale, le film de Roland Joffé reprend l’aspect journalistique et nous livre des images extraordinaires de réalisme pour l’époque.

On y suit Sydney Schanberg, un des rares reporters resté au Cambodge après la prise des Khmers rouges et qui se lie d’amitié avec son assistant Dith Pran. Revenu aux Etats Unis, il ne peut oublier ce qu’il a vu et repart chercher son ami disparu.

Avec ce film historique à la renommée mondiale, Roland Joffé pointe du doigt comment le métier de journaliste permet de créer des amitiés profondes et remet au centre du récit la réalité comme angle d’attaque principal. Le film de reporter cherche ainsi à insuffler la paix au sein d’un monde en proie à la guerre, aux tourments et aux crises politiques qui se jouent au nez et à la barbe des peuples qui sont les premiers à subir ces évènements.

Le Viet-Nâm n’est pas forcément le seul pays mis en avant dans ces films, on se plongera dans le Salvador avec le réalisateur Oliver Stone en 1986 avec Salvador ou encore le Nicaragua avec Under Fire (1984) de Roger Spottiswoode et Nick Nolte et Gene Hackman au casting.

Le film est d’ailleurs acclamé à Cannes cette année-là. Dans ce dernier, les nouveaux confits liés au communisme se jouent dorénavant en Amérique du Sud avec en toile de fond les Etats-Unis qui tirent les ficelles.

reporter-under-fire

Les répercussions politiques sont nombreuses entre prise de pouvoir, assassinat ou renversement de gouvernement. Nick Nolte et Gene Hackman sont amis et rivaux et se battent pour le cœur de le même femme.

Tout cela ne les empêche pas d’être les témoins d’un bouleversement qui pourrait influer sur une sphère mondiale plongée en pleine guerre froide. Le film de reporter devient un cinéma plus activiste que le thriller d’espionnage basique et le détective reporter se transforme en pièce aux multiples facettes.

Plus récemment, on pourrait aussi citer Zodiac (2006) de David Fincher, où Robert Graysmith tente de mettre un visage au tueur en série qui a sévi dans la région de San Francisco et qui est resté introuvable pendant près de 20 ans. Au delà du simple thriller, ce genre atypique offre au journaliste une autre figure : celle du redresseur de torts pour toutes les victimes inconsolées.

Le reporter est un vivier inépuisable pour les films et permet aux créatifs de s’emparer de nombreux sujets. On peut passer par Citizen Kane d’Orson Welles où un reporter investigue sur le passé d’un milliardaire malheureux, pour aller jusqu’à NightCall de Tony Gilroy où un homme est prêt à filmer des crimes en direct afin de se faire une réputation. Le journaliste témoigne à visage découvert d’une réalité que l’on ne peut ignorer et prouve que ce genre n’est pas prêt d’avoir dit son dernier mot.

Restez à jour : découvrez toutes les vidéos de Cultea sur notre chaîne TikTok

Related Posts

Laisser un commentaire