« Scarlet et l’Eternité » : une épopée aux ambitions démesurées [critique]

« Scarlet et l'Eternité » : une épopée aux ambitions démesurées [critique]

Réalisateur prolifique du cinéma d’animation japonais, dont les œuvres Les Enfants loups, Ame & Yuki et La Traversée du temps, Mamoru Hosoda revient cette année avec Scarlet et l’Eternité. Cinq ans après avoir repris le mythe de la Belle et la Bête avec Belle, il s’inspire ici de l’histoire vengeresse de Hamlet et délivre une œuvre possédant de nombreuses faiblesses scénaristiques.

Une histoire sans concession

Le défaut majeur du long-métrage est l’histoire racontée. Cela se ressent dès les premières minutes. Nous sommes plongés dans un royaume danois s’inspirant ouvertement des grandes tragédies de Shakespeare. Les grandes lignes du récit de Hamlet sont ainsi reprises et remaniées par le réalisateur, mais avec une rapidité déconcertante. Tout s’enchaîne, ce qui nous laisse peu de temps pour nous y acclimater, et cette mauvaise première impression nous laisse totalement sur le carreau.

Mamoru Hosoda a clairement une autre idée en tête, mais a besoin de mettre en place cette réécriture pour lancer sa propre histoire, ce qui l’en fait devenir plus un prétexte qu’une véritable base scénaristique. Cette version remâchée effectuée sans grande réussite nous amène ensuite dans le Pays des Morts et, à partir de là, la cohérence sera souvent remise en question.

La manière dont est présenté ce tout nouvel univers amène plus de l’incompréhension qu’autre chose. On nous montre une Danoise et un Japonais parler la même langue, mais alors, dans ce cas, pourquoi nous montrer un plan où différentes langues sont inscrites sur un rocher ? Cela nous déroute, car on insinue implicitement que les personnages arrivant dans ce Pays des Morts gardent leur propre dialecte.

De plus, les deux protagonistes proviennent de deux époques totalement différentes, mais la majorité de ce monde est composée d’un peuple venant de la même époque que la protagoniste. C’était le moment idéal pour faire côtoyer plein d’époques différentes, mais l’ambition n’était visiblement pas dans ce pan du scénario.

Les défauts finissent par s’accumuler au sein d’une histoire qui ne respire pas et qui préfère amplifier ses ambitions. Au lieu d’arriver au grand final tant espéré par son créateur, tout finit par s’étioler et par perdre l’attention du spectateur. Les quelques rebondissements cherchant à provoquer un souffle nouveau ne font que fragiliser un récit qui voyait trop grand. Heureusement que le style animé arrive à nous tenir en haleine, malgré quelques défauts inhérents à ce genre de démarche.

Un style animé recherché, mais perfectible

La direction artistique de Scarlet et l’Eternité est claire dès son introduction. Les séquences situées au sein du monde réel seront dessinées avec un style d’animation en 2D, tandis que celles dans le Pays des Morts seront créées en 3D, enfin majoritairement. Parce qu’il existe dans certains plans une présence dissimulée dans le fond de personnages en 2D.

Pourquoi les séquences dans ce Pays des Morts ne sont-elles pas entièrement dessinées en 3D ? Manque de budget, volonté de l’auteur ? Rien n’est moins sûr, car il subsiste des plans où l’on voit s’affronter une foule de gens armés dans une 3D démesurée. Alors, pourquoi ce changement de style artistique durant certaines scènes moins ambitieuses artistiquement parlant ? Surtout que l’on perçoit ce que le réalisateur cherche à faire, mais ce changement impromptu questionne.

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On a peut-être affaire ici à une œuvre qui a eu les yeux plus gros que le ventre et qui ne réussit pas à atteindre complétement son objectif. Néanmoins, Scarlet et l’Eternité possède un style qui nous marque et ce, dès les premières minutes du film, quand Scarlet rejoint pour la première fois ce monde en se retrouvant immergée dans un lac rouge sang d’où sort une armée de mains cadavériques qui l’empoignent pour la plonger dans ses tréfonds.

Durant les séquences d’action, le tout est extrêmement bien chorégraphié et est visuellement agréable à regarder. Cependant, certaines scènes offrent une saccade qui perturbe par moments, mais rien de véritablement dérangeant. C’est tout de même dommage d’enchaîner ces différentes impressions qui nous sortent du film au vu du spectacle offert visuellement.

L’ensemble est visuellement impactant et cette volonté artistique du réalisateur s’inscrit dans la continuité de Belle, son œuvre précédente. C’est peut-être pour cela que les défauts relevés durant le visionnage en ressortent si fortement. On a affaire ici à un film qui cherche plutôt à s’insérer au sein de cette nouvelle démarche créative plutôt que de créer sa propre vision.

Scarlet et l’Eternité a vu trop grand. En voulant reprendre la structure d’un Hamlet, le film ne la développe qu’en surface et passe à côté de toute sa substance. Les ambitions étaient sans doute ailleurs pour un réalisateur qui préfère se plonger dans ce Pays des Morts imparfait et parfois incohérent, mais avec un style visuel qui nous empêche de nous ennuyer franchement.

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Bande-annonce officielle de Scarlet et l’Eternité

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