« Thrill Kill » : l’exclusivité obscène de Playstation dont EA a bloqué le lancement !

"Thrill Kill" : l'exclusivité obscène de Playstation dont EA a bloqué le lancement !

Il existe dans le jeu vidéo des projets censurés et interdits qui font parler d’eux dans l’industrie. Voici l’histoire de Thrill Kill, un jeu de combat qui avait pour objectif d’être le plus obscène jamais produit. Un titre tellement problématique, que son propre éditeur décida de l’annuler quelques jours avant sa sortie officielle. Tout un programme. 

Un changement de développement radical !

Le développement de Thrill Kill est une histoire bien singulière pour un jeu tout aussi particulier. Tout commence en 1994, lorsque le studio Paradox Development commence à concevoir Earth Monster, un jeu de sport fantasy inspiré du pok-ta-pok aztèque. Les joueurs incarnent des guerriers costauds se battant aux poings tout en essayant de faire passer une balle dans un anneau. Ce qui pourrait ressembler à une version plus bagarreuse du Quidditch ne verra jamais le jour. En effet, l’éditeur Virgin Interactive pousse les développeurs à s’intéresser à un aspect si particulier de leur titre : la violence.

Le développement continue, mais l’éditeur persiste jusqu’à radicalement transformer le titre sportif en un jeu de combat impitoyable. Thrill Kill naîtra dans l’envie de voir du sang, du BDSM, du gore et plusieurs références au sexe. Les producteurs, très désireux de gonfler les ventes et gagner en réputation, distribueront à toute l’équipe des magazines et films du genre pour trouver l’inspiration de la direction artistique.

Comme tous les jeux de combats, il faut une petite histoire pour que l’on puisse connaître le Lore de son personnage préféré. Sans aller au niveau de la franchise Tekken ou d’un King of Fighters, Thrill Kill trouvera son inspiration dans la comédie musicale Cats. Et non, ce n’est pas une blague !

Un jeu sauvage et complètement infernal !

L’intrigue est donc la suivante : Plusieurs damnés s’entretuent en Enfer dans l’espoir d’obtenir une seconde chance sur Terre. Les joueurs ont donc le choix entre une dominatrice, un tueur en série, un cannibale ou encore un chirurgien pour se battre sur le terrain ! Mentionnons que le roster présente un personnage inspiré d’un des producteurs du jeu… Prenant l’apparence d’un nain dans l’unique intention que l’on se moque de lui. Complètement barré !

Bien que noyé dans la provocation, Thrill Kill est doté de vraies ambitions comme devenir la référence du jeu de combat 3D pouvant se jouer jusqu’à quatre simultanément sur PlayStation. Le gameplay inversait les codes traditionnels avec une jauge à remplir plutôt qu’une barre de santé à vider. Une fois la barre complète, les participants tuaient leurs adversaires avec un coup spécial qui repoussait (pour l’époque) les limites de l’acceptable. Aujourd’hui, certains titres ont repris ce principe de jauge à remplir avec plus ou moins de réussite. Le hit familial Power Stone perfectionnera le genre sur la fabuleuse console Dreamcast en 1999.

Pour couronner le tout, chaque coups spéciaux devenaient des allusions à des postures sexuelles. Enfin, les finitions gore voulaient rivaliser avec Mortal Kombat. C’est assez amusant de constater que le concurrent est devenu bien plus sanglant que Thrill Kill des années plus tard. Pour faire simple, le jeu de combat transpirait le sexe et le sadomasochisme. Rien que ça !

Très vite, le buzz autour de ce jeu transgressif devient énorme. Les attentes autour de Thrill Kill sont démesurées. C’est l’ultime produit de provocation que les joueurs pouvaient tester lors de l’E3 1998. Enfin, le jeu devient le premier à recevoir la classification Adults Only de l’ESRB. Seul Manhunt 2 et Hatred lui ont succédé, les autres projets controversés ayant réussi à viser la classification « Mature » (n’est-ce pas Agony ? Espèce de charlatan !)

Seulement voilà, l’AO est une condamnation commerciale. Playstation ne voudra jamais proposer l’équivalence au classement X dans son catalogue. L’éditeur réalise l’ampleur du problème et demande à l’équipe d’atténuer le contenu. Le développement du jeu reprend pour une sortie officielle en octobre 1998. Après un travail acharné du studio, Thrill Kill est terminé à 99%. Il ne reste plus qu’à corriger des petits détails et à imprimer les disques.

Game Over pour le jeu de combat trash !

Soudain, Electronic Arts rachète Virgin Interactive et décide purement et simplement d’annuler Thrill Kill. Les éditeurs de Battlefield et des Sims refusent d’être associés à un projet aussi inutilement violent qui pourrait nuire à leur image. Certains concurrents comme Eidos Interactive tente de racheter les droits du jeu mais Electronic Arts refuse toutes les propositions. Thrill Kill ne sortira jamais.

Pire encore, les employés de Paradox n’ont jamais été informés de l’annulation de leur travail. Pour faire simple, ils l’ont brutalement appris par l’intermédiaire des médias. Devant cette situation, les concepteurs pointent du doigt les liens entre EA et le sénateur Joe Lieberman, adversaire notoire de la violence dans les jeux vidéo. Les éditeurs de Medal of Honor auraient donc sacrifié Thrill Kill pour plaire aux politiques et améliorer leur image de marque. Un aspect très ironique puisque l’excellent Dead Space sortira en 2008 et deviendra l’un des jeux vidéo d’horreurs les plus violents et gore jamais crées. Ainsi, Thrill Kill est enterré par Electronic Arts. Les développeurs ne seront pas de cet avis…

Le jeu vidéo rendu immortel grâce au piratage !

Jamais un jeu vidéo n’avait été aussi accessible pour les joueurs malgré son annulation et son interdiction. En effet, certains des développeurs ont pris une décision unique : ils uploadent eux-mêmes le jeu complet sur des sites de piratage. La Rom controversée devient la plus téléchargée sur Playstation et des copies illégales inondent le marché noir. Les possesseurs de consoles d’émulations chinoises comme Anbernic ou Retroid Pocket voient presque en Thrill Kill une relique du jeu vidéo rétrogaming à télécharger. C’est un fait, le jeu de combat classé X est devenue immortel et les joueurs se l’échangeaient en cachette, en prétendant détenir entre leurs mains le jeu vidéo interdit.

Anecdote improbable : L’un des membres de l’équipe, Brian Gomez, est parti à Glasgow pour recommencer une carrière après l’annulation de Thrill Kill. Sur sa route, il rencontre des passionnés du jeu qui avoue avoir passé des heures dessus. C’est à ce moment précis qu’il réalise que le jeu a été piraté par ses collègues et se retrouve disponible au marché noir pour un prix très élevé. Electronic Arts ne communique pas sur le piratage massif du jeu de combat, misant sur le silence total pour ne pas lui faire de publicité.

Belladonna est dans la place !

Mort de Thrill Kill et naissance de Wu Tang Shaolin Style !

De leur côté, Paradox ne sacrifie pas les mois de travail acharné autour de son arena fighter et recycle son moteur pour créer un nouveau produit : Wu Tang : Shaolin Style en 1999. Ce jeu de combat doit son existence grâce au partenariat avec le groupe de hip-hop Wu-Tang Clan, qui prête musique et voix pour l’ambiance. A l’époque, les collaborations entre les artistes musicaux et les jeux vidéo restaient assez rares. Pour exemple, parmi les titres les plus vendues de ce genre de collaboration la série des Def Jam autour du milieu du rap.

Le résultat divise les foules. Des joueurs apprécient le système des 4 participants et la bande-son tandis que d’autres le trouvent mal rythmé et répétitif. Néanmoins, Wu-Tang reprend exactement les mécaniques de Thrill Kill, devenant presque sa version officiellement commercialisée. A l’exception de l’aspect BDSM et des gémissements de Belladonna, tout semble avoir été conservé, de son gameplay à sa violence. Ne serait-ce pas une énième preuve que seule toute l’atmosphère sexuelle du jeu a engendré son bannissement ?

Les développeurs réutiliseront ce moteur avec X-Men Mutant Academy, comme un fantôme qui continuerait de les hanter. Bien évidemment, aucune de ces productions ne sera détenteur de l’aura si fascinante du jeu interdit.

Fait amusant : Paradox Development deviendra Midway Studio en 2004 et réaliseront avec Ed Boon un nouvel épisode de la franchise Mortal Kombat ! L’opus Shaolin Monks est un titre d’action aventure et remake du second volet de la licence à succès. Comme quoi, la philosophie de la violence ne les avait jamais quittés !

Presque trente années après son annulation, Thrill Kill est devenu une œuvre culte, non pas pour ses qualités intrinsèques mais bien pour son effacement dans l’industrie. EA a voulu enterrer le jeu scandaleux mais les développeurs ont choisi de le libérer, souhaitant présenter leur travail aux yeux du monde entier. Peut-on alors parler de projet de passionnés autour de Thrill Kill ? Cela ne fait aucun doute, même si l’on persistera qu’il s’agissait juste d’une tentative de sales gosses de choquer ! 

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