« Plus fort que moi » : un film nécessaire visant juste [critique]

« Plus fort que moi » : un film nécessaire visant juste [critique]

Kirk Jones, réalisateur essentiellement connu pour le premier Nanny McPhee avant d’enchaîner sur des comédies oubliées depuis, revient quasiment dix ans après sa dernière réalisation avec Plus fort que moi ou I Swear en version originale. Un film au propos important et visant juste.

Un sujet de société

Le film s’ouvre sur une cérémonie en 2019la Reine d’Angleterre Elizabeth II va attribuer l’Ordre de l’Empire Britannique à un citoyen britannique. On voit ainsi les gens se diriger vers la salle de la cérémonie, se plaçant les uns après les autres jusqu’à l’arrivée de la Reine pour lancer la remise de la médaille. Le silence se fait et la séance débute. C’est à ce moment-là que le personnage principal s’écrie : « FUCK THE QUEEN ! ». Le ton est donné.

En décidant de placer cette séquence en tant qu’introduction, le message est clair. La possibilité de rire face à ces saillies est permise par le réalisateur durant notre visionnage. C’est justement ce qu’il a cherché à mettre en place en choisissant de placer cette scène au tout début pour effacer la gêne que l’on pourrait avoir en rigolant face à la brusquerie de son personnage principal.

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On suit donc John Davidson, personnage réel dont la vie est transposée à l’écran. Cette transposition amène ainsi toute une réflexion autour du syndrome de la Tourette, syndrome touchant une partie de la population mondiale. Cela les handicape fortement dans la vie de tous les jours dans une société qui ne sait pas comment réagir face à cela par manque de sensibilisation. On s’étonne même que l’on ait dû attendre autant de temps avant de voir un film qui s’intéresse au sujet.

Une des qualités principales de la dernière réalisation Kirk Jones réside dans la manière de montrer ce syndrome à l’écran. Il délivre tout cela avec une sensibilité palpable et une justesse qui atteint sa cible à chaque fois. Pas d’esbrouffe, pas de surenchère autour de ça, seulement un quotidien ponctué par l’attitude décalée de son protagoniste. Face à ce tour de piste réussi, on lui pardonnera quelques scènes un poil trop appuyé ou forcé qui ont du mal à s’intégrer au ton général d’un film qui n’en avait pas forcément besoin.

Malheureusement, le rythme finit par s’intensifier malgré lui en voulant dépeindre toute la vie de son personnage. Les qualités restent toujours présentes et justes mais le tout s’accélère et dénature quelque peu l’efficacité de sa première partie, portée par des personnages empathiques attachants délaissés dans sa dernière partie.

John et son entourage, point central du film

Commençons par l’évidence, Robert Aramayo est habité par le rôle. Chacune de ses interprétations du syndrome offre un réalisme flagrant qui a dû demander une exigence toute particulière. Son jeu est d’une fluidité remarquable et sa prestation s’en voit ainsi transfigurée. La récompense de l’étoile montante aux BAFTA reçue par l’acteur n’est pas déméritée, loin de là.

On se prend même à se demander comment le rôle aurait été interprété si Kirk Jones n’avait pas financé personnellement son film. Durant la rencontre suivant la projection, le réalisateur a révélé qu’il avait financé une grande partie du film en hypothéquant sa propre maison, ce qui lui a permis de sortir des sentiers battus. Généralement, quand un studio produit la majorité d’une production, le casting tourne autour d’une liste de grands noms pour attirer les foules au cinéma.

En sortant de ce carcan, le réalisateur a pu choisir un acteur qui ne s’insérait pas nécessairement dans cette liste. En voyant les résultats et les récompenses récupérées, on ne peut que constater que des talents réellement intéressés par le rôle peuvent être révélés en sortant de ce processus.

Néanmoins, il ne faut pas dénigrer les personnages secondaires qui composent la galerie des proches de John Davidson. Il y a tout d’abord la mère de famille qui l’intègre en son sein en tant que tel, incarnée brillamment par Maxine Peake tout en subtilité et d’un naturel singulier et aussi l’agent d’entretien qui finit par le prendre sous son aile. Ces différentes rencontres et interactions renforcent la justesse du propos et offrent assez d’empathie pour nous donner envie de suivre les aventures, et parfois mésaventures, de John Davidson tout le long de sa vie.

Plus fort que moi est un film où l’on s’étonne de ne pas l’avoir déjà vu par le passé tant son sujet très actuel et oublié par notre société avait besoin d’être raconté pour nous sensibiliser face à ce syndrome trop peu médiatisé et très handicapant. Malgré ses quelques travers, l’intention est là avec un réalisateur qui semble impliqué dans un projet visiblement très personnel. Le résultat à l’écran n’en est que plus fort.

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Bande-annonce officielle de Plus fort que moi

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