L’invraisemblable histoire de la secte de l’ordre du Temple solaire

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En 1994 ont lieu deux massacres de masse, des « suicides collectifs » qui marqueront la France, la Suisse et le Canada. Sur trois ans, ce sont 74 adeptes de la secte de l’ordre du Temple solaire qui trouvent la mort dans des circonstances effroyables. Retour sur la secte de l’ordre du Temple solaire, qui a compté plus de 600 membres dans les années 90.

Le drame de Cheiry

Le 5 octobre 1994, à deux endroits différents, sont retrouvés les cadavres de 25 et 23 personnes. Les deux drames ont tous les deux lieu en Suisse, dans la localité de Cheiry et la commune de Salvan.

À la ferme de la Rochette, dans un village de 300 personnes nommé Cheiry, un incendie fait rage. Toute la nuit, à la lisière de la forêt, le feu se consume. Les pompiers prennent plusieurs heures avant de maîtriser et d’éteindre ce feu. Le matin du 5 octobre, la ferme n’est plus qu’un tas de ruines, brûlée totalement.

Les pompiers ont fait leur travail, les policiers prennent le relais. Quand ils entrent dans la demeure, deux corps sont retrouvés dans la chambre, puis dans le garage. Mais le pire est à venir. Ils trouvent une porte dissimulée. Ils ouvrent cette porte et tombent nez à nez avec une pièce où gisent 22 corps morts, disposés en arc de cercle. Dans cette pièce aux allures de temple, ils retrouvent des croix, des calices, une épée. Une cérémonie occulte s’est déroulée dans les lieux. Les victimes sont françaises, suisses et canadiennes et portent des capes. Beaucoup d’entre eux ont un sac plastique scotché ou attaché à la tête. Certains ont une balle dans la tête. Sur place, la police retrouve 52 douilles.

Les cadavres du drame de Cheiry - Cultea
Les cadavres du drame de Cheiry. / ©Damien Meyer

Le drame de Salvan

Durant la même nuit, à 3h30 du matin, c’est à Salvan que s’est déroulé un drame tout aussi choquant. Les deux villes sont distantes de 100 kilomètres l’une de l’autre. Au hameau des Granges, une explosion retentit. Elle réduit en cendres trois chalets. L’explosion fera 25 morts. À l’intérieur, 4 enfants défigurés. Les morts semblent tous avoir ingurgité un médicament anesthésique.

Ces drames faisaient suite à la découverte de 5 morts, le 30 septembre 1994, dans un chalet de Morin-Heights, au Québec. À la suite des deux drames mortels de Suisse, le monde entier découvre, par le biais des médias, l’existence de la secte de l’ordre du Temple solaire (OTS).

La secte et ses gourous

L’ordre du Temple solaire voit le jour au milieu des années 80. Il se veut un prolongement de l’ordre des Templiers, une organisation religieuse et militaire qui a vu le jour en Europe au XIIe siècle. Les fondateurs, Joseph Di Mambro et Luc Jouret, intègrent d’autres croyances à la secte.

Les deux hommes se rencontrent à la fin des années 70. En 1984, ils décident de fonder cette secte. Luc Jouret, flamboyant, sert d’appât à la secte. Il repère les personnes malléables et crédules. Ce qui les intéresse, c’est leur fortune. Derrière, Joseph Di Mambro, aussi surnommé « Jo », est le cerveau et gère les finances. Des finances qui se portent très bien. À eux deux, ils embrigadent 600 adeptes (et leur argent). Financièrement, ils comptaient sur la présence de la famille Vuarnet, qui faisait partie du gratin du sport et de la mode. L’ordre achète de belles voitures, investit dans l’immobilier et bâtit un empire monstrueux. L’argent transite jusqu’à l’Australie. « Jo » voyage entre Monte-Carlo et le Panama, détient plusieurs comptes.

Joseph Di Mambro, sa femme et sa fille durant une cérémonie occulte - Cultea
Joseph Di Mambro, sa femme et sa fille durant une cérémonie occulte.

À la fin des années 80, l’OTS s’exporte même en Amérique du Nord, et plus précisément au Canada. Pour la secte, il s’agit d’un véritable Eldorado. Là-bas, ils acquièrent de nombreux biens immobiliers. Et au Canada, Luc Jouret joue aussi avec les mots afin d’amadouer les plus fragiles.

Les pratiques et rituels

« Jo » Di Mambro se présente comme le gourou. Avec sa femme et Michel Tabachnik, un chef d’orchestre devenu l’idéologue du groupe, ils imaginent des cérémonies. La mise en scène est élaborée. Il dit être en relation avec des « maîtres invisibles ». Il faisait croire que les « maîtres » résidaient sur l’étoile de Sirius et qu’ils guidaient l’humanité vers l’éveil spirituel. Ces forces surnaturelles allaient indiquer à Di Mambro le moment parfait pour effectuer un aller simple vers l’étoile. On disait aux adeptes que ce sacrifice allait leur permettre de devenir des maîtres à leur tour. En attendant, ils effectuaient des travaux forcés et étaient exploités sexuellement.

L’homme apparaît sous un halo cosmique. En fond, de la musique planante composée par Michel Tabachnik. Di Mambro a une épée, et cette épée s’éclaire. Plus tard, un fidèle découvrira que la lame de l’épée était tout simplement reliée à une ampoule. Le saint Graal apparaît, mais n’est qu’un vulgaire hologramme. Et pourtant, les adeptes y croient. Il fait même croire à ces derniers que sa fille, qu’il a eue avec sa femme Dominique, a été conçue avec un être de l’au-delà. Elle est surnommée « Christ de la nouvelle génération ».

Les Vuarnet

En 1995, ce sont 16 personnes qui périrent dans un incendie. Cette fois-ci, en France, dans le Vercors. Le dernier suicide collectif enregistré, et lié à la secte, se déroula à Saint-Casimir, dans la région du Portneuf (Québec). Il fit 5 morts.

Édith et Patrick Vuarnet participent au suicide collectif du Vercors. Ils meurent ce jour-là. Un an auparavant, le père de la famille, Jean Vuarnet, ancien champion de ski, découvre qu’Édith et Patrick avaient participé à l’un des massacres de Suisse.

Jean, Pier et Alain Vuarnet lors des funérailles d'Édith et Patrick - Cultea
Jean, Pier et Alain Vuarnet lors des funérailles d’Édith et Patrick.

Depuis, Alain Vuarnet, l’autre frère de la famille, et son père sont persuadés qu’après les terribles agissements de l’OTS, Édith et Patrick ont coupé les ponts avec Di Mambro. Mais, en 1995, lorsqu’André, le frère de Patrick, apprend le suicide collectif du Vercors, il sait. Il sait, en voyant les membres de sa famille absents, qu’ils avaient pris part au massacre.

Entre rituels et promesses de transition dans un autre corps, Di Mambro et Luc Jouret ont réuni plus de 600 membres. Les drames firent 74 morts en trois ans. L’affaire a d’ailleurs été un facteur majeur du durcissement de la lutte contre les sectes en France

 

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