Le Cordyceps, champignon parasite de « The Last of Us », existe réellement !

Si vous avez joué à The Last of Us ou regardé l’excellente série produite par HBO, vous avez forcément entendu parler du Cordyceps, un champignon parasite qui prend le contrôle de son hôte. On pourrait croire que les scénaristes à l’origine d’un tel fléau débordent d’imagination. Mais le Cordyceps existe réellement ! Toutefois, l’être humain ne semble courir aucun risque. 

Un contrôle viscéral sur les insectes

L’un des nombreux épisodes de Planet Earth, un documentaire diffusé par la BBC en 2006, présentait une fourmi infectée par un curieux champignon. Tout au long de la séquence, l’insecte, sous l’influence de ce parasite, finira par s’éloigner de sa colonie et se mettra à libérer une pluie de spores, particules reproductrices, dans l’unique but d’infecter de nouveaux hôtes. Les fourmis perdent peu à peu le contrôle de leurs corps par le champignon Ophiocordyceps, ou sobrement appelé Cordyceps.

Ces champignons parasites sont particulièrement nombreux. Plusieurs d’entre eux sont capables de prendre le contrôle des mouvements de leur hôte. Selon le scientifique João Araujo, conservateur adjoint en mycologie à l’institut botanique systématique du Jardin botanique de New York, « Nous n’en connaissons que 35 [pour lesquels c’est le cas], mais nos estimations vont jusqu’à plus de 600 espèces, qui attendent d’être décrites ». Certains s’attaquent aux fourmis, d’autres aux libellules pour ne citer qu’eux.

Photographie d’Andreas Kay

Notons d’ailleurs que, dans un tout autre registre, si vous connaissez particulièrement l’univers de Pokémon, vous avez déjà rencontré un Cordyceps sans le savoir. En effet, Paras et son évolution Parasect concorderaient avec la zombification de l’insecte par le parasite.

Et si The Last of Us pouvait devenir réel ?

Peut-on alors penser que le Cordyceps pourrait s’attaquer aux êtres humains ? Car c’est sur tout cela que repose le scénario de The Last of Us. Joel et Ellie tentent de survivre dans un monde où le Cordyceps a évolué et peut désormais s’attaquer à un hôte humain, lui faisant perdre toute conscience.

Heureusement, cette épidémie est improbable. La raison ? Les mécanismes de défense que nous possédons dans notre organisme homéotherme. Les relations entre les parasites et leurs hôtes résultent en effet d’une longue évolution au cours de laquelle le parasite s’adapte aux mécanismes de défense de son hôte, qui trouve de nouvelles stratégies pour lui résister. Il est par conséquent impossible de se faire piéger par le Cordyceps, car nous sommes biologiquement résistants à la menace. De plus, le Cordyceps ne peut toucher que les insectes.

Les Ophiocordyceps « disposent d’une machinerie (cellulaire) très élaborée pour interagir avec leurs hôtes et pour faire des choses très intéressantes comme provoquer un changement de comportement, mais ils ne peuvent pas passer d’une espèce à l’autre » – et encore moins à un organisme aussi éloigné (des insectes) que l’homme.  (Charissa de Bekker, Professeure au département de biologie de l’université d’Utrecht)

La génétique autour du Cordyceps est de plus extrêmement fragile. Le champignon ne peut pas se multiplier à l’infini. Il finit par se dégrader au bout d’un moment. À cause de la dégradation du génome qui empêche sa croissance cellulaire, la transmission prendra fin !

Il existe toutefois une espèce d’Ophiocordyceps avec laquelle l’humain tisse des relations. Nommé Ophiocordyceps sinensis, ou champignon chenille, il est toutefois incapable de nous infecter. En fait, il serait même plutôt bénéfique. Dans les régions d’Asie où il est présent (Bhoutan, Chine, Inde et Népal), l’humain utilise ce parasite pour ses vertus stimulantes par la médecine traditionnelle. Le jeu aurait donc mis en scène des compléments alimentaires qui auraient mal tourné ? Pourquoi pas. Après tout, les compléments à base de Cordyceps seraient bénéfiques pour les reins, les poumons, ou même le cerveau.

D’autres champignons bien plus dangereux

Cependant, il ne faut pas croire que les champignons sont sans danger pour l’humain. Plus d’une centaine est capable de nous infliger des maladies et des mycoses. Cela signifie que, si notre système immunitaire est faible, les infections peuvent s’avérer extrêmement dangereuses. De plus, les champignons savent s’adapter à un climat en modification par le réchauffement planétaire. C’est exactement ce qui se produit dans la série The Last of Us produite par HBO. Le Cordyceps s’est adapté au réchauffement climatique et présente un danger colossal pour l’être humain. Pour les scientifiques, l’avancée du réchauffement peut alors conduire à un plus grand risque de maladies. Mais il serait tout simplement impossible de se faire zombifier par un champignon.

Finalement, ces champignons pathogènes pourraient davantage devenir un risque pour la santé des êtres humains. Dans un entretien pour Sciences et Avenir, le professeur Sébastien Bertout, responsable du département de Parasitologie et Mycologie médicale à l’université de Montpellier, mentionne ces champignons.

« Ceux qui causent des infections superficielles, cutanés, dont la plus connue est la mycose des ongles. Ceux causant des infections plus graves, plus profondes, touchant la muqueuse vaginale par exemple, ou les infections de la bouche (muguet buccal) provoquées par Candida albicans, une levure. Pour les personnes ayant un système immunitaire affaibli, à la suite d’un traitement anticancer ou d’une maladie comme le sida, ce type d’infections peut être assez grave. Enfin, le troisième type d’infections fongiques concerne les mycoses profondes. Là encore, très dangereuses pour les personnes immunodéprimées. »

Il faut donc voir le Cordyceps de The Last of Us comme une métaphore des dangers que peut engendrer le réchauffement climatique. Si vous ne risquez pas de vous transformer, vous courrez néanmoins le risque d’attraper des maladies de plus en plus mortelles… Tout cela n’est pas très rassurant. 

 

Sources : 

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