Il a remis le jeu à choix au goût du jour, il nous a fait nous attacher à un homme chauve-souris cryptobro un peu débile, il nous a donné un sens des responsabilités et il nous a fait passer du rire aux larmes : c’est Dispatch, le jeu à la jaquette intrigante et nommé au Game Awards. Qu’est-ce qu’on retire de cette aventure, autant émotionnellement que techniquement ? Beaucoup de bon, et on est déjà nostalgiques.
De Telltale à AdHoc
En 2012, ce qui fait office d’ancêtre des Game Awards donnait le jeu de l’année à The Walking Dead, une histoire à choix poignante inspirée des comics de Robert Kirkman. Avec le temps, le studio enchaîne les succès, jusqu’à crouler sous le poids de nombreux contrats impossibles à honorer. Trop de licences chères, peu de temps, trop de projets… 2018 signe la fin de Telltale… Qui revient en 2019, mais complètement affaibli. Après avoir édité le très moyen The Expanse, ils nous font miroiter un The Wolf Among Us 2 depuis bien des années. Plus trop en forme aujourd’hui, on ne peut néanmoins oublier l’impact indéniable de ce studio.
Et à vrai dire, cet impact persiste. Pas seulement parce qu’ils ont été précurseurs. Aussi parce que, comme dans toute histoire de grand studio vidéoludique, des employés s’en vont et fondent leur propre studio. C’est le cas d’Adhoc, le studio qui a développé et édité Dispatch. Scénaristes, designers narratifs et animateurs se sont réunis pour plancher sur ce projet dès 2018. Les scénaristes auraient également écrit The Wolf Among Us 2, mais on ignore à ce jour si Telltale a conservé le scénario ou s’ils partent sur une toute autre route.

Tout le monde commençait un peu à se lasser des jeux à choix. Puis… Le 22 octobre 2025 sortent les deux premiers épisodes de Dispatch sur PC et consoles. Jusqu’au 12 novembre, les épisodes sont diffusés par deux pour un total de 8. Robert Robertson est un super-héros sans pouvoirs qui, après un combat contre son ennemi mortel, perd son armure. Il est donc immobilisé et devient un nobody déprimé. C’était sans compter sur l’intervention de Blonde Blazer, une sorte de WonderWoman qui veut le recruter en tant que dispatcheur. Son rôle : dispatcher des super-villains qu’on a tous réunis dans une équipe dans le but de les faire passer du côté des gentils.
Un gameplay diversifié
Le gameplay oscille en trois parties : quick time events, dialogues à choix et dispatch. La mécanique centrale est évidemment les embranchements de choix. Et, comme à la vieille époque, ils n’ont pas un impact vraiment significatif. C’est le grand débat des jeux à choix : à quel point je veux que mon choix ait un impact au global ? Qu’est-ce qui compte, ma quête initiatique, le résultat, les deux ?
En fait, même si Dispatch privilégie le cheminement plutôt que le résultat et trouvera son impact dans des intrigues secondaires et petits moments, il y a un de nos disciples qui sera directement impacté par nos choix. C’est le véritable choix ramifié du jeu. On a vraiment rien contre ça, et il faut démystifier le jeu à choix où l’on décide de tout. C’est un sous-genre à part entière et donc un spectre. Dispatch est l’une des preuves que l’illusion de choix ne change pas la qualité.

Les QTE sont cependant trop rares. Le peu qui nous est proposé est très satisfaisant et on en aurait voulu plus. Ils servent uniquement à combattre, et on pense notamment à une bagarre de bar qui est l’un des meilleurs moments du jeu. Un moment qui dure très peu de temps et qu’on aurait voulu prolonger. Un peu frustrés, mais seulement parce qu’on a eu trop peu d’une mécanique très bien exploitée.
Reste le dispatch. Il fonctionne très simplement. On a une carte de la ville, notre équipe en bas de l’écran et chacun a ses statistiques (combat, intelligence, charisme, mobilité, vigueur) et donc ses forces et faiblesses. Il est possible d’augmenter ses statistiques après avoir reçu des points de compétence. Il faut en disposer stratégiquement. Chaque mission requiert certaines compétences, et c’est à nous de deviner lesquelles en fonction du texte associé. Certaines missions se font seuls, d’autres fois en équipe. Et il faut dispatcher les héros dans les missions. La narration influe sur ces parties du jeu : personnages manquants, coups bas entre coéquipiers…

Le dispatch est très satisfaisant, ça rappelle évidemment les simulations de centre d’appels d’urgence qui font osciller entre urgence et apaisement. Globalement les choix et le dispatch s’équilibrent bien en terme de rythme et de satisfaction. On regrette seulement le trop peu de QTE.
Un récit centré sur les personnages
Dispatch est centré sur le développement de ses personnages, sur leur parcours initiatique collectif. On gère une équipe et on évolue avec eux tout en les influençant. Le thème de la rédemption est central, que ce soit pour la Team Z (notre Suicide Squad) ou Robert et les gens qui l’entourent. On a une histoire simple et efficace avec des personnages complexes. On avance ensemble, tous ensemble.
Le choix majeur de cette histoire c’est la romance, et on a deux chemins : notre patronne émotionnellement stable mais peu sûre d’elle et impactée par la responsabilité d’être une super-héroïne ; notre disciple instable mais fondamentalement bienveillante qui tente de faire de son mieux et qui merde inévitablement, pesée par l’idée qu’on la verra toujours comme une mauvaise personne.
Ce sont deux personnalités très différentes et ça divise beaucoup la communauté de fans. L’une est mature émotionnellement et l’autre pas, et le jeu nous apprend que ce n’est pas pour ça qu’on ne peut pas être aimé. On frôle un peu l’archétype du « je peux la sauver » mais on n’y entre jamais vraiment. Les deux romances ont leur intérêt. Il n’y a pas un personnage qui ne soit pas attachant. On a même un chien adorable qui nous accompagne dans nos aventures.
Si Dispatch aborde des thèmes majeurs, on reste dans un récit relativement feel good. Une belle aventure d’équipe avec ses rebondissements mais qui nous fait toujours nous sentir à la maison. On peut cependant lui reprocher son manque de conséquences global, au-delà des choix du joueur, dans son récit. Et Shroud, l’antagoniste principal, qui est assez unilatéral.
Dispatch est un jeu qui fait du bien, à son genre, au paysage vidéoludique, et à ceux qui y jouent. Il est révolutionnaire de par l’époque à laquelle il arrive plus que de par son contenu, mais c’est vraiment un bon jeu. Il est disponible sur PS5 et Steam avec une légère différence de prix mais aux environs de 30 euros.
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