« Bloody Friday » : impact et héritage du conflit en Irlande du Nord

"Bloody Friday" : impact et héritage du conflit en Irlande du Nord

Il y a plus de 50 ans, le 21 juillet 1972, un attentat faisait trembler toute l’Irlande, et plus particulièrement la ville de Belfast. Le Bloody Friday, perpétré par l’IRA, choqua le pays. Retour sur cette date et sur l’ambiance qui régnait dans l’Irlande de la fin des années 60 à la fin des années 90.

Catholiques et protestants

Le 5 octobre 1968, une manifestation pacifique de catholiques en faveur des droits civiques a lieu. Cette manifestation est réprimée par la police de Londonderry, la seule ville qui a une majorité de catholiques dans cette province britannique.

Cette journée marqua le début de 30 années de conflits entre les nationalistes catholiques et les loyalistes protestants. Les catholiques républicains veulent la réunification de l’Irlande. Les unionistes protestants défendent le maintien de l’Irlande du Nord sous l’autorité de l’Angleterre.

S’ensuivent des marches et rassemblements qui dégénèrent en affrontements avec les forces de l’ordre et les protestants. L’armée britannique est déployée dans les rues. Durant l’année 1970, l’IRA (Irish Republican Army), un groupe paramilitaire, émerge. L’organisation lance ses actions sanglantes. Face à eux, des milices de protestants extrémistes se forment.

Le 30 janvier 1972 est un jour qui marqua les Irlandais. Ce jour-là, lors d’une manifestation pacifique contre les discriminations à l’encontre de la minorité catholique d’Irlande du Nord, des parachutistes britanniques tirent dans la foule. Au final, 14 civils mourront, et le jour sera renommé « Bloody Sunday ». La foule enragée enflamme l’ambassade britannique à Dublin.

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Manifestation pacifique lors du Bloody Sunday.

Le Bloody Friday

Le 21 juillet 1972, une série d’attentats à la bombe a lieu à Belfast. Ces attentats sont perpétrés par une organisation paramilitaire qui s’est formée quelques années auparavant, l’IRA. Ces derniers font de cette attaque une réponse directe au Bloody Sunday.

L’IRA, ce jour-là, pose 22 bombes aux alentours de Belfast. Leur objectif ? Plonger les troupes d’occupation britannique dans la terreur et venger les victimes du Bloody Sunday. Ces derniers auraient prévenu les troupes britanniques, à travers des médias locaux, 30 minutes avant l’explosion de la première bombe.

Seán MacStíofáin, représentant de l’IRA, prétendra par la suite que les alertes ont été ignorées par l’armée britannique, et cela, dans le but de discréditer l’organisation après les dégâts. Ce jour-là, le pouvoir central était perturbé par une multitude de fausses alertes. Ils étaient absorbés par l’idée de faire évacuer les populations vers des zones jugées plus sûres.

Bloody Sunday IRA Irlande du Nord
Les dégâts du Bloody Sunday à Belfast.

Ce jour-là, le bilan est de 9 morts et plus de 130 blessés. Les victimes sont protestantes, mais aussi catholiques ! L’attentat détruira l’hôtel Brookvale, le Queen Elisabeth Bridge, le Liverpool Bar et la gare de York Street. 20 ans plus tard, le groupe The Cranberries composera la musique Zombie en hommage à cet événement.

L’IRA critiquée et affaiblie

Suite au Bloody Firday, la population nord-irlandaise critiquera fortement les agissements de l’IRA. Ils reprochent à l’organisation d’avoir entrainé la mort d’honnêtes catholiques, alors qu’elle ne devait viser que les protestants.

Cet événement va entraîner par la suite l’opération Motorman. L’opération militaire est lancée par l’armée britannique qui reprendra le contrôle des zones contrôlées par l’IRA. L’IRA est aussi affaiblie de l’intérieur. Le commandement de l’organisation est divisé face à la tournure qu’a prise le Bloody Friday.

Cependant, 2 ans après, en 1974, l’IRA étend ses attaques à la Grande-Bretagne. Les paramilitaires attaquent des pubs de Guilford, Woolwich et Birmingham. Ces attentats font 30 morts. Un homme sera arrêté en 2020, près de 46 ans après les faits, à l’âge de 65 ans.

IRA Birmingham Angleterre Irlande
L’intérieur du bar de Birmingham après l’attaque de l’IRA / ©Peter Kemp

Un accord de paix 30 ans après le début du conflit

Le 27 août 1979, l’organisation ira même jusqu’à frapper la famille royale. Le cousin de la reine Elizabeth II, et dernier vice-roi des Indes, Lord Mountbatten est tué. Une bombe était placée sur son bateau dans le nord-ouest de l’Irlande. Les nationalistes de l’IRA regagnent en popularité. Et le groupe aura même sa propre branche politique. En 1982, le Sinn Fein, comme on l’appelle, remporte ses premiers sièges au parlement d’Irlande du Nord.

5 ans après avoir frappé la famille royale, l’IRA s’attaque au sommet du pouvoir britannique. Margaret Thatcher (Première ministre de 1979 à 1990 du Royaume-Uni), dit la Dame de fer, est attaquée à la bombe. Au Grand Hotel de Brighton, où se tient le congrès du Parti conservateur, l’attaque tue 5 personnes.

Margaret Thatcher Royaume-Uni
Margaret Thatcher, la Dame de fer.

C’est en 1998 que la paix est trouvée entre les partis. Les dirigeants loyalistes et les séparatistes nord-irlandais signent à Belfast un accord de paix le 10 avril. L’accord est soutenu par l’IRA. Cette signature instaure un partage du pouvoir entre les élus catholiques et protestants dans une institution qui est semi-autonome. Un attentat d’un groupe dissident de l’IRA, quatre mois plus tard, fait 29 morts. C’est l’attaque dans un seul lieu la plus meurtrière de l’histoire du conflit. Ce carnage renforcera fortement les accords de paix.

Lors des 30 ans des attentats du Bloody Friday, en 2002, l’IRA a officiellement présenté ses excuses aux familles. 50 ans plus tard, la guerre civile qu’a endurée l’Irlande du Nord est bel et bien terminée, mais les plaies cicatrisent difficilement.

 

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