Interview de Denis Blanchot, auteur de « Grande Collection (suivi du Manuel du Collectionneur) »

Interview de Denis Blanchot, auteur de "Grande Collection (suivi du Manuel du Collectionneur)"

Pour la sortie de l’ouvrage Grande Collection (suivi du Manuel du Collectionneur), on a eu la chance de s’entretenir avec Denis Blanchot, ex-journaliste et prestataire dans le monde de l’édition. Le romancier nous a parlé de ses influences, de ses différentes casquettes professionnelles et de la notion, évidemment, de collection.

Est-ce que, dans un premier temps, vous pouvez rapidement vous présenter ?

Je viens du milieu de l’édition. Aujourd’hui, je suis un peu en retrait de mes activités. D’une part parce que j’ai voulu boucler ce livre, qui a été une charge mentale pendant de nombreuses années ; mais j’y suis enfin parvenu. Et d’autre part, parce que j’approche de la retraite. J’ai 62 ans et j’ai préféré arrêter de travailler maintenant pour me consacrer à mes passions et mes activités annexes. Et je n’avais pas envie d’attendre 70 ans pour prendre ma retraite.

Vous avez été journaliste, éditeur et maintenant écrivain. Qu’est-ce qui différencie globalement ces trois professions ?

Le journalisme consiste souvent à traiter des sujets d’actualité, ou des sujets magazines. J’ai beaucoup travaillé dans le domaine du tourisme, du voyage et de l’artisanat. Dans l’édition, j’intervenais surtout sur des textes écrits par d’autres : réécriture, accompagnement ou rédaction complète à partir d’interviews. Parfois, je travaillais avec des personnes qui n’avaient ni le temps, ni les compétences pour écrire : je transformais leur matière en livre final. C’était donc une démarche totalement différente. Puis, j’ai fait un peu de fiction, mais surtout des essais et des guides. Cela vient aussi de mon parcours : en quittant Paris pour Montpellier, j’avais moins d’opportunités en tant que journaliste indépendant. L’édition me permettait de travailler à distance.

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire cet ouvrage ?
Jorge Luis Borges

À l’origine, ma fille m’a demandé de lui raconter une histoire. Celle que j’ai écrite correspond grosso modo au premier chapitre de Grande Collection. Ensuite, j’avais tout simplement envie d’écrire mon propre livre, plutôt que de corriger ceux des autres. Et puis, des artistes comme Borges m’ont donné envie de passer à l’écriture. Toute proportion gardée évidemment. Le livre a mis du temps à se construire, je m’y suis parfois perdu, et il m’a fallu beaucoup de temps pour le maîtriser.

Vous avez connu des périodes de blocage ?

Non, pas vraiment. Je n’ai pas connu le syndrome de la page blanche si c’est la question. Mais parfois, mon texte devenait désarticulé, parfois trop délirant. Il fallait trouver un équilibre.

Justement, comment définiriez-vous cet ouvrage ?

C’est un roman, mais difficile à classer. Un peu comme Borges. C’est un roman insolite : un seul personnage, un seul lieu, une seule activité… mais avec des événements qui, je l’espère, maintiennent l’intérêt. La deuxième partie est un faux manuel de collection. Ce n’est pas une collection classique (timbres, objets…), le terme est spécifique au livre.

Qu’avez-vous mis de vous dans le personnage principal ?

J’ai mis pas mal de mon identité dans ce personnage. Même si les événements ne sont pas autobiographiques, certaines réflexions le sont.

Pouvez-vous rapidement résumer votre livre ?

C’est l’histoire d’un homme qui archive toute sa vie : ses pensées, ses actions, ses expériences. Tout ce qu’il vit va dans un système d’archivage. Il développe un système, une formule, de plus en plus complexe et découvre une méthode pour optimiser sa collection en éliminant les doublons et en se concentrant sur les exceptions. Mais tout finit par s’effondrer, ce qui l’amène à se questionner sur lui-même. Le livre traite à la fois de la collection, de l’archivage et de problématiques actuelles liées aux données et à l’intelligence artificielle. Evidemment, je ne vais pas vous raconter la fin. Mais globalement, voilà de quoi parle mon livre.

Avez-vous, vous-même, été un collectionneur ?
Denis Blanchot

Oui, enfant. J’ai collectionné des timbres. Une collection classique. J’adorais les coller, les décoller, les ranger dans mes classeurs. Je cherchais les différences entre mes doublons. Puis, j’ai collectionné aussi les emballages d’oranges. Ça, c’était plus original. J’en avais une centaine. C’étaient des emballages magnifiques, avec beaucoup de dessins, de couleurs. Ces emballages permettaient de connaître l’origine des oranges. Je ne sais plus où ils sont aujourd’hui. Mais j’ai fait mon deuil depuis.

Où se trouve, selon vous, la limite entre passion et obsession ?

Mon personnage est totalement obsessionnel. Mais il n’a pas le syndrome de Diogène : il trie, organise, hiérarchise. Il a même créé un système pour éviter d’être surchargé, d’être dépassé par sa collection.

Pourquoi avoir choisi le pseudonyme de Lucifer pour ce roman ?

C’est surtout par provocation. Je l’explique au début de mon livre, Lucifer signifie « le porteur de lumière ». Et spécifiquement, dans le livre, il y a deux ou trois passages un peu mystiques, un peu religieux. Donc je trouvais ce pseudo de circonstance. Et puis, ça m’amuse, tout simplement. De nombreux démons sont passés dans le langage courant. Je les cite en page 3 également, pour moi ce modèle est un éditeur de jeux, Mephisto fait des chaussures, etc. Et Lucifer lui-même, de toute manière, est déjà utilisé en bande dessinée, en séries télévisuelles, pour une petite abeille australienne et pour un massif guyanais.

Vous allez conserver ce pseudo pour la suite de votre carrière ?

Non, non, je ne pense pas. Je l’ai choisi comme nom de plume simplement pour ce livre. Parce que ça correspond à une partie du contenu.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune auteur ?

Ne jamais lâcher le morceau. Même quand c’est difficile, long, fastidieux, il ne faut jamais lâcher le morceau. Il faut du temps aussi. Chacun a sa propre méthode pour écrire. Mais si on a envie d’écrire quelque chose, il ne faut pas abandonner à la première… contrariété. Et puis, en deux, d’essayer, malgré tout – moi je n’ai pas pu avec ce livre – parce que justement il sort toujours des cases conventionnelles ; mais d’essayer de se faire publier par de vrais éditeurs. Moi j’ai choisi Amazon, parce que les autres possibilités d’auto-édition sont quand même assez douteuses, si ce n’est préjudiciables. Avec Amazon, où le bouquin est disponible, il y a un système sécurisé pour vendre mon ouvrage.

Je commence à avoir fait le tour, est-ce que vous travaillez sur d’autres projets ?

Après avoir bouclé Grande Collection, j’ai également terminé un ouvrage sur le Vel d’Hiv de 1942. C’était compliqué, car c’est évidemment un sujet très lourd. Et maintenant, j’attends ma retraite en me demandant ce que je vais faire demain. Mais pour le moment, je n’en ai pas la moindre idée.

Je vous remercie pour votre temps, bonne journée.

Merci à vous.

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