« Il maestro » : un scénario routinier [critique]

« Il maestro » : un scénario routinier [critique]

Trois ans après la sortie du film Dernière Nuit à Milan, qui avait réussi à se faire quelque peu remarquer dans sa recherche de tension filmique, le réalisateur Andrea Di Stefano revient avec Il maestro, proposition totalement différente, avec un résultat malheureusement très mitigé pour un film qui avait pourtant du potentiel.

La mollesse d’une réalisation

Il maestro prend son temps. Beaucoup de temps. La première partie du film possède une exposition qui prend de la place et on finit par se demander où il veut nous emmener. Ce questionnement reviendra malheureusement à de nombreuses reprises. On suit donc ce binôme atypique composé d’un jeune athlète cherchant une carrière professionnelle dans le milieu du tennis et de son entraîneur dépressif et désabusé par sa propre existence, tout en cherchant à surmonter tout cela.

Quand le film se lance enfin, la réalisation garde malgré tout son rythme habituel et enchaîne les séquences sans réelle consistance. Le long-métrage devient ironiquement une métaphore de son personnage principal, jeune sportif qui préfère rester en fond de court pour battre son adversaire à l’usure. Pas de prise de risques et une ambition négligeable.

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La déception en devient plus grande quand on finit par le comparer avec la précédente réalisation d’Andrea Di Stefano. Dans Dernière Nuit à Milan, en plaçant son histoire durant une période très courte, la tension se faisait ressentir et prenait de l’ampleur au fur et à mesure que les protagonistes avançaient dans cette nuit milanaise. On sentait que le réalisateur voulait nous amener quelque part et s’investissait dans son récit.

Ici, avec Il maestro, on retrouve très peu de cette fulgurance et on oscille entre le drame et la comédie, comme si le film ne savait pas sur quel pied danser. Il y existe quelques belles trouvailles, comme ce montage où on voit le duo avançant sur une carte de l’Italie tout en s’entraînant durant les différentes étapes du voyage. Malheureusement, ces quelques idées ne sauvent pas le film d’un ennui certain culminant, avec un final simpliste et sans grande originalité au vu de ce qu’il pouvait offrir.

Le potentiel d’un scénario

Parce que du potentiel, il y en avait. Il y a tout d’abord cette touche d’humour du réalisateur au tout début du film, insinuant qu’il n’y a en son sein aucune inspiration d’un quelconque personnage réel pour ensuite directement s’adresser avec ironie à son père. Il y a donc un côté très personnel d’Andrea Di Stefano qui a été injecté dans ce scénario, ce qui pourrait amener une certaine implication de ce dernier. Malheureusement, il n’en est rien.

L’implication des deux comédiens montre également ce qu’aurait pu être le film. Le jeune Tiziano Menichelli, malgré quelques maladresses, prouve un investissement visible à l’écran, aussi bien dans les scènes intimes que dans les scènes de tensions face à un Pierfrancesco Fanvino qui porte tout le film sur ses épaules.

Il fait montre ici d’une sensibilité flagrante et apporte toute la complexité qu’il faut pour étoffer son personnage. Il est tantôt drôle ou touchant et suscite de l’empathie à son égard. Le problème est qu’il n’a pas la possibilité de totalement l’exploiter.

Dans ce jeu de ping-pong entre le début de carrière de ce jeune athlète et le bilan de la vie d’un athlète qui a raté sa voie à cause de ses démons, nous n’avons jamais l’occasion d’explorer en détail ces deux vies diamétralement opposées, mais qui finissent par se retrouver. Cette osmose ne se fait jamais totalement, ce qui impacte un montage qui n’arrive jamais à réellement rassembler ces deux personnages. Le tout devient un enchevêtrement de diverses scènes qui ont du mal à interagir entre elles, pour aboutir à un épilogue faisant face à une impasse.

Le destin d’Il maestro aurait pu être tout autre si les prémices de son récit n’avaient pas préféré rester dans un statu quo durant sa première partie et s’il avait embrassé tout son potentiel pour développer ce duo. Malheureusement, le film d’Andrea Di Stefano préfère prendre une route sans escarpement pour finalement s’arrêter à mi-parcours avec un potentiel pauvrement exploité.

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Bande-annonce officielle d’Il maestro

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