4 films sur l’émancipation des femmes en Iran

4 films sur l'émancipation des femmes en Iran - Cultea

Plus de deux mois après la mort de Mahsa Amini, le soulèvement populaire ne faiblit pas en Iran. Parce que le cinéma reste une arme redoutable pour découvrir des cultures méconnues, Cultea vous propose quatre films sur l’émancipation des femmes en Iran. 

Les Iraniennes avaient commencé à manifester il y a un peu plus de deux mois, après la mort de Mahsa Amini, le 16 septembre 2022. La très dure police iranienne des mœurs avait arrêté la jeune femme de 22 ans, car elle ne portait pas correctement le foulard islamique. Les forces de l’ordre avaient affirmé que Mahsa Amini avait été victime d’une crise cardiaque… Une version que récuse fermement la famille de la jeune femme. Selon son père, les policiers l’ont battue à mort.

Des étudiants, des artistes, des intellectuels, mais aussi des commerçants ont vite rejoint les manifestantes. Tous dénoncent la république islamique. Un puissant vent de révolte souffle en Iran. Le slogan « Femme, Vie, Liberté » habite désormais les villes, les rues et les esprits des Iraniens, et surtout des Iraniennes.

Parce que les femmes iraniennes sont à l’origine de cette insurrection, Cultea vous propose 4 films qui explorent l’émancipation des femmes en Iran.

L’incontournable Persepolis, de Marjane Satrapi (2007)

Difficile de parler de la condition des femmes sous la république islamique d’Iran sans évoquer Marjane Satrapi. L’autrice et réalisatrice franco-iranienne est une toute jeune adolescente de dix ans lors de la Révolution et du retour de l’ayatollah Khomeini à Téhéran, en 1979. Sa famille est alors contrainte à l’exil.

Synopsis : Marjane Satrapi narre son enfance à Téhéran, l’arrivée des mollahs au pouvoir, la guerre Iran-Irak puis son exil à Prague puis à Paris.

Cette œuvre, aussi intime qu’universelle, fourmille de réflexions sur l’identité et sur l’exil. Parfois hilarant, souvent touchant, Persepolis a des airs d’œuvre d’apprentissage. A travers le regard piquant de Marjane Satrapi, le film témoigne surtout d’une bascule pour les femmes iraniennes : la Révolution islamique. On découvre, entre autres, l’introduction violente du tchador (le foulard), les débuts de la police des mœurs…

En Europe, elle découvre un rapport radicalement différent de celui de la République islamique à la féminité. Elle met alors en parallèle des conditions féminines et des luttes différentes, dans un univers aussi amer que poétique.

Le fougueux Une Femme iranienne, de Negar Azarbayjani (2011)

Synopsis : Bien que Rana soit une femme traditionnelle, elle est forcée de conduire un taxi à l’insu de sa famille pour rembourser la dette qui empêche son mari de sortir de prison. Par chance, elle rencontre la riche et rebelle Adineh, désespérément en attente d’un passeport pour quitter le pays et ainsi échapper à un mariage forcé. Les deux femmes vont s’aider mutuellement, mais Rana ignore qu’Adineh cache un lourd secret… (source : Allociné)

Le film est profondément juste. Negar Azarbayjani aborde très subtilement l’épineuse question de l’intersexualité, le tabou des tabous. Les intrigues (les rebondissements sont nombreux) tournent autour de Rana (Ghazal Shakeri) et d’Adineh (Shayesteh Irani), mais on découvre en toile de fond un pays tiraillé entre les normes et les aspirations de la population. On salue par ailleurs les performances pleines d’humanité (et d’espoir) de deux actrices principales. Grâce à leur relation complète, les deux femmes survivent face à un régime mortifère.
Surtout, la réalisatrice pose un regard singulier sur les héroïnes. Rana est une femme issue d’un milieu modeste rurale. C’est une femme des marges, comme on en représente peu. On sent de plus que Negar Azarbayjani éprouve une forme de tendresse à l’égard des personnages. Elle filme avec beaucoup de profondeur l’amitié (peut-être pourrait-on parler de sororité) qui se tisse entre les deux femmes.

Le magnifique Téhéran Tabou, d’Ali Soozandeh (2017)

Synopsis : Téhéran : une société schizophrène dans laquelle le sexe, la corruption, la prostitution et la drogue coexistent avec les interdits religieux. Dans cette métropole grouillante, trois femmes de caractère et un jeune musicien tentent de s’émanciper en brisant les tabous. (source : Allociné)

Le film polyphonique représente des femmes issues de couches sociales plus populaires : une prostituée qui élève seule son fils sourd, une femme enceinte que son mari empêche de travailler et une future mariée qui doit subir une opération pour retrouver sa virginité… Trois femmes qui luttent pour ne pas être étouffées par le régime. Trois héroïnes que l’émancipation fait resplendir.

Ali Soozandeh met à nu une société hypocrite où l’on regarde des femmes presque dénudées à la télévision en cachette, où l’on tente d’échapper au rigorisme nauséabond dans des boîtes de nuit clandestines… Le sexe et la drogue sont omniprésents. Les portraits croisés des quatre personnages rendent les interdits religieux lourds et insignifiants. Un film plein d’humanité.

Le percutant La Permission, de Soheil Beiraghi (2018)

Synopsis : Afrooz est la capitaine de l’équipe féminine de futsal d’Iran. Après 11 ans de travail acharné, son rêve devient réalité : l’Iran est en finale de la Coupe d’Asie des nations. Au moment d’embarquer pour la Malaisie, elle apprend que son mari lui interdit de sortir du territoire. Afrooz doit alors réussir à convaincre son mari par tous les moyens de la laisser partir… (source : Allociné)

Inspiré d’une histoire vraie, ce film témoigne de l’archaïsme des élites iraniennes prétendument modernes. Le mari d’Afrooz, Yaser (Amine Jadidi), est en effet un présentateur vedette de la télévision iranienne. Afrooz et son mari vivent séparément.

Les performances très justes des acteurs rendent le film glaçant. La prestation de Baran Kosari, qui interprète Afrooz, est particulièrement remarquable. Elle sublime sa propre lutte en un combat collectif pour la justice et pour la liberté des femmes. Un combat qui rappelle le slogan « Femme, Vie, Liberté »…

L’Etat est représenté à travers un redoutable appareil de surveillance et de répression qui anéantit les individualités. Afrooz cache chacun de ses tatouages avant les matchs. Mais l’implosion de Yaser, remarquablement filmée, tend peut-être à montrer un système à bout de souffle.

Le septième art est un puissant espace d’expression pour les opposants au régime. L’émancipation des femmes en Iran, des individualités, qui luttent pour vivre (ou plutôt pour survivre) dans un régime déshumanisant. 

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