Peter Farrelly est normalement réputé pour mettre en scène des comédies cultes. Après tout, c’est l’homme derrière les excellents Mary à tout Prix et Fous d’Irène, ou les bourrins Dumb & Dumber et My Movie Project. Bref pas le cinéaste le plus subtil d’Hollywood. La surprise fut donc importante lorsque Green Book a été annoncé. Un road-movie sensible porté par Viggo Mortensen et Mahershala Ali, franchement on y croyait pas… Et pourtant Green Book : sur les routes du sud est une très belle réussite.
Green Book : un film sensible et touchant
Certains l’ont comparé à Miss Daisy et son chauffeur, une sympathique comédie dramatique avec Morgan Freeman. C’est vrai que certaines ressemblances sont inévitables. Bien évidemment la confrontation des origines, mais aussi de la classe sociale, fait échos à ce film de 1989. Morgan Freeman était le chauffeur d’une riche aristocrate blanche. Dans Green Book, Viggo Mortensen interprète un émigré italien à la classe sociale modeste, opposé à un riche et talentueux pianiste afro-américain interprété par Mahershala Ali. Forcément les différences vont se confronter, et les inhibitions vont devoir tomber.
L’écriture des personnages est très précise et touchante. Peter Farrelly dresse deux portraits puissants d’homme très différents. Tony Lip (Viggo Mortensen) est un bon vivant, à la culture générale relativement faible, mais aux principes constitutifs de sa propre façon de penser. Don Shirley (Mahershala Ali) est un pianiste issu de la haute sphère, légèrement hautin, à la culture très intellectualisée. Bien évidemment ils vont se confronter, se jauger, se juger et se supporter. Mais les personnages vont évoluer dans une appréciation mutuelle. Ils vont s’inspirer réciproquement, apprendre chacun de l’univers de l’autre.

Tony Lip, d’abord raciste, va s’éprendre d’amitié avec le pianiste. En plus de faire le chauffeur il va devoir faire le garde du corps. Si cette approche paraît peut-être un peu classique, l’exécution est parfaitement maîtrisée. Les personnages sont très empathiques, et leurs tribulations passionnantes. Il y a un véritable contraste entre les deux protagonistes. Surtout grâce à Viggo Mortensen qui interprète à la perfection Tony Lip : un homme un peu bourru mais qui parvient encore à trouver l’émerveillement d’un enfant. Un homme dont la culture musicale va le pénétrer, tout comme la volonté de s’ouvrir au monde. Quant à Mahershala Ali, il n’a pas volé son Golden Globe du meilleur acteur dans un second rôle.
Peter Farrelly évite tout pathos pour signer un drame social des plus réussis. Les dialogues sont toujours très relevés, ce qui permet d’éviter les facilités du genre. De même que certaines séquences réfléchies qui montrent constamment une vision précise de la situation sociale actuelle. Le film se déroule en 1962, la ségrégation prendra officiellement fin en 1964.
Don Shirley, pianiste de renom, décide de sortir de son cercle de tranquillité pour se lancer sur les routes du sud, dans les états où le racisme atteint son paroxysme. Tony Lip va devoir le protéger contre les violences physiques. Peter Farrelly met en corrélation les situation des deux personnages. Tony Lip va réellement découvrir le racisme et se rendre compte que la condition prestigieuse de Don Shirley ne le protège en aucun cas contre la discrimination.

En plus d’être une puissante représentation de ce qu’était la ségrégation, c’est aussi une manière de représenter la façon dont les êtres humains se comportent les uns avec les autres, comment les préjugés peuvent tomber facilement face à une réalité tout autre. Green Book est un film intelligent doublé d’un road movie à travers les États-Unis. La mise en scène de Peter Farrelly est parfaitement maîtrisée, portée par une photographie des plus plaisantes. Le long métrage finit sur une belle touche d’espoir, inspirée librement de la véritable histoire de ce duo hors du commun.
Ceci étant dit, le film n’a pas échappé à des critiques sévères après son immense succès, à la fois concernant la réalité de l’histoire, mais également dans son traitement du racisme…
Green Book face aux controverses
Après avoir été un succès public et critique, mais également après un triomphe aux Oscars en 2019, beaucoup de critiques ont commencé à se faire entendre à propos de Green Book, à la fois sur le fond du film, mais également sur la manière dont il a été fabriqué. Le premier reproche concerne le traitement du racisme, considéré comme édulcoré et très « lisse ». Mais surtout, dans Green Book, le racisme est montré comme une somme de comportements individuels, et pas comme un fait systémique, encouragé par des lois et des institutions profondément racistes.

Green Book transforme une histoire de domination raciale, de ségrégation et d’humiliation, en une espèce de « buddy movie » feel-good et confortable. Ce qui en soit n’est pas un problème dans l’idée, mais si tel était l’envie de l’équipe du film, cela aurait dû s’accompagner d’une réflexion plus approfondie de comment dépeindre le racisme de façon plus réaliste. Car même si Green Book ne nie pas le racisme, il l’organise une fable morale assez manichéenne, au service d’un récit de réconciliation qui peu sembler artificiel, omettant la brutalité de tout le système étatique de l’époque…
Ce film montre le racisme non-pas comme un système de domination très organisé, mais comme la simple somme de comportements individuels peu reluisants. Une façon de détourner le regard sur la nature systémique de ces discriminations, en remettant la responsabilité sur des individus, plutôt que sur un système politique et législatif profondément inique.
L’autre grande critique portée sur le film concerne sa véracité. Car pour un film qui se prétend inspiré d’une histoire vraie, Green Book a été pointé du doigt pour avoir beaucoup changé les personnalités de ses deux personnages principaux, tels qu’ils étaient dans la vraie vie. Un choix artistique qui ne serait pas un problème en soit, si le film ne s’était pas vendu comme une histoire vraie… La famille de Don Shirley a ainsi étrillé le film, le qualifiant même de « symphonie de mensonges » quant à la façon dont le musicien a été dépeint.
Il faut dire que le film a été écrit par Nick Vallelonga, le fils de Tony Vallelonga, en laissant la famille de Don Shirley hors du processus créatif. Autrement dit, le film n’offrait qu’un seul point de vue : celui de la famille Vallelonga. Point de vue hautement biaisé, surtout de la part de quelqu’un qui n’a pas hésité à repartager sur Twitter, devenu X, la propagande raciste et islamophobe de Donald Trump…
Green Book : sur les routes du sud est ainsi une réussite totale réussite sur le plan artistique. Un film extrêmement maîtrisé, sur une belle histoire d’amitié qui a par la suite perduré à travers le temps et les préjugés. Peter Farrelly démontre avec ce film qu’il sait faire autre chose que des comédies et on l’encourage à continuer dans cette voie. Mais s’agissant de la partie dite « véridique » de cette œuvre, malheureusement, beaucoup de choses sont à revoir, même si nous restons faces à un film fort appréciable à découvrir.
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