Quand on pense à des cinéastes perfectionnistes et en quête de contrôle, David Fincher est un incontournable. Le réalisateur américain aux trente ans de carrière est connu pour son sens du détail et de l’image millimétrée. Ses tournages sont souvent épuisants, où il demande régulièrement des dizaines de prises à ses acteurs pour capturer l’idée exacte dans sa tête. C’est donc un cinéaste complexe, connu pour ses nombreux thrillers cultes. Retour sur le parcours et le style de David Fincher.
Avant les thrillers
David Fincher travaille d’abord durant les années 1980 dans le domaine des effets spéciaux. Il est notamment technicien pour la société Industrial Light and Magic, où il travaille sur des productions majeures de George Lucas comme Indiana Jones ou Star Wars. Cette première expérience dans le milieu du cinéma l’amène à la réalisation de publicités, ainsi que des clips de musique. Il tourne notamment pour Madonna, George Michael et même Michael Jackson. Cela le forme en quelque sorte à la réalisation de films, pour compenser son absence d’études cinématographiques. L’importance du numérique va se révéler cruciale dans la suite de sa carrière et son processus créatif.
Fincher est alors engagé en 1990 pour réaliser le troisième opus de la saga Alien. David Fincher va très mal vivre ce travail avec la Fox intervenant beaucoup dans le processus créatif, quitte à déposséder Fincher de l’œuvre. Le film sort en 1992 et n’est pas au goût du réalisateur, qui regrette et renie le premier film de sa carrière.

Les années 90, le thriller à son paroxysme
En 1995, David Fincher sort le cultissime Seven, avec Brad Pitt et Morgan Freeman. Un tueur en série, interprété par Kevin Spacey, commet durant une semaine sept meurtres en lien avec les péchés capitaux. Freeman et Pitt incarnent un duo de détectives que tout oppose face à ce génie du mal. C’est un grand succès à l’international, tant pour la critique que pour les spectateurs. Ici, Fincher révolutionne le thriller. La pluie permanente et la ville créent une atmosphère unique et la fin est encore aujourd’hui très choquante. Même la musique est excellente, que ce soit la composition d’Howard Shore ou le générique reprenant Closer de Nine Inch Nails.

Vient ensuite The Game, où Michael Douglas participe à un jeu aux allures de traque mortelle. Tout le monde devient un danger, on perd le contrôle de la vérité et la paranoïa s’installe. Le film reste bien reçu malgré un succès commercial mitigé.
Et en 1999, l’adaptation de Fight Club débarque. Sûrement le plus connu du réalisateur, c’est aussi le film avec un des plus gros retournements de situation du cinéma. Le film a été maintes et maintes fois analysé et reste encore aujourd’hui une œuvre aux multiples relectures, portée par un Brad Pitt et un Edward Norton au sommet de leur art. Il s’agit malgré tout d’un film controversé, critiqué pour sa violence et son anticonformisme.

Les années 2000, l’éclectisme
Finalement rejeté pour réaliser la trilogie Spider-Man de Sony, David Fincher réalise trois films durant cette décennie. Panic Room, en 2002, propose un huis-clos tendu où Jodie Foster et Kristen Stewart se cachent dans leur maison pour survivre à un trio de cambrioleurs. Ici, la caméra met en avant les possibilités du numérique pour explorer la maison sous tous ses angles.
Vient par la suite Zodiac où David Fincher s’empare cette fois d’un vrai fait divers pour son thriller. Il raconte la traque du tueur du Zodiaque, célèbre tueur en série des années 1970. La quête incessante du personnage de Jake Gyllenhaal fait face à l’impossibilité d’arrêter à coup sûr le coupable.
Enfin, L’Etrange histoire de Benjamin Button offre un nouveau ton à la filmographie de Fincher. Sortant du cadre du thriller, on suit durant ce long film le personnage de Brad Pitt caractérisé par un vieillissement inversé. Plus posé et mélancolique, le film est une fresque de la vie atypique de cet homme qui côtoie le personnage de Cate Blanchett. Il est récompensé aux Oscars pour ses décors, son maquillage et ses effets visuels.

Les années 2010, information et médias
Le cinéaste sort peut-être bien son meilleur film en 2010 avec The Social Network en adaptant l’histoire de la création de Facebook. Jesse Eisenberg y incarne Mark Zuckerberg, dans un film à la précision folle et à la bande-son iconique. Andrew Garfield y livre également une de ses meilleures prestations. C’est un film visionnaire sur l’impact de Facebook dans le monde et déconstruit la figure de Zuckerberg tout en décryptant l’importance des médias numériques. Il marque aussi la première collaboration d’une longue série avec les compositeurs Trent Reznor et Atticus Ross, membre des Nine Inch Nails.

Un an après, il adapte le roman à succès Millenium: les hommes qui n’aimaient pas les femmes. Daniel Craig et Rooney Mara portent ce thriller scandinave qui n’aura malheureusement pas eu de suite par Fincher. Et en 2014, c’est le roman Les Apparences de Gillian Flynn que le cinéaste adapte dans Gone Girl. Le film suit Ben Affleck qui est soupçonné du meurtre de sa femme Amy, incarnée par Rosamund Pike et disparue au début du film. Sans trop en dévoiler, c’est un film où les apparences sont trompeuses et où la critique des médias et de la presse y est acerbe. Le patriarcat et la masculinité sont critiqués dans une satire à la tournure sanglante et cynique.

La perte de vitesse chez Netflix
Sa collaboration avec la plateforme se fait d’abord du côté des séries avec House of Cards en 2013, dont il va réaliser les deux premières saisons. Mindhunter débute quant à elle en 2017 et fait revenir Fincher aux histoires de tueurs en série. Malheureusement, la série est annulée au bout de deux saisons, faute de budget.
Côté film, il y a d’abord Mank en 2020, biopic retraçant l’écriture de Citizen Kane par Herman Mankiewicz, interprété par Gary Oldman. Puis il y a The Killer en 2023, adaptation d’une bande dessinée française et portée par Michael Fassbender. Même s’ils sont toujours de bonne qualité, ces derniers travaux apparaissent souvent comme mineurs au sein de sa filmographie, en partie dû à une diffusion dans l’indifférence sur Netflix.

Le style Fincher
Son style se définit avant tout par une précision des cadres, des mouvements qui suivent au millimètre chaque action de personnage. Son utilisation quasiment invisible de certains effets spéciaux nourrit aussi son perfectionnisme en plus d’une photographie vert-jaune que l’on retrouve aussi dans pas mal de ses projets. L’exploration de la noirceur et de la psychologie humaine est un des thèmes majeurs de sa filmographie. Musicalement, il a d’abord longuement collaboré avec Howard Shore, puis avec Trent Reznor et Atticus Ross à partir de 2010.
Malgré sa carrière fabuleuse, David Fincher connaît aujourd’hui un certain déclin depuis sa collaboration avec Netflix. Travaillant actuellement sur une suite à Once Upon a Time in Hollywood ainsi que sur un remake américain de Squid Game, une perte d’originalité en ressort. Espérons que cela laissera la place à de nouveaux films originaux.
Sources :
David Fincher à son meilleur – Radio France
Livre : David Fincher, l’obsession du mal – Revus et corrigés
PARCOURS : David Fincher, jamais là où on l’attend – Abus de ciné


