« Comment est votre blanquette ? » Elle est bonne depuis maintenant 20 ans. En 2006 sort au cinéma OSS 117 : Le Caire, nid d’espions. Véritable marqueur d’une époque qui se confirmera avec sa suite, la franchise OSS 117, incarnée par Jean Dujardin et lancée par Michel Hazanavicius et Jean-François Halin, reste encore aujourd’hui dans les mémoires du grand public. Retraçons le parcours d’une duologie culte et d’un retour mitigé.
Le Caire, nid de talents hors pair
La franchise OSS 117 était longtemps vue comme désuète et ancrée dans une époque révolue. Créée durant l’année 1949 par Jean Bruce, la série dépeignait un agent des services secrets américains, l’Office of Strategic Services. Descendant d’une famille française d’où le nom Hubert Bonisseur de la Bath provient, l’agent secret vivait des aventures aux quatre coins du monde.
Jean Bruce amenait ainsi avec lui une certaine forme de masculinité qui consolidera la perception que l’on aura des agents secrets durant les décennies à venir, notamment via James Bond, figure phare du contre-espionnage. Vite dépassé par la création de Ian Fleming, l’espion de Jean Bruce tenta de connaître le même succès que son homologue britannique au cinéma, mais resta dans les mémoires comme une pâle copie des adaptations produites par la société EON Productions. Il finit par disparaître peu à peu de la culture populaire.

Au début des années 2000, ce précurseur des récits de contre-espionnage refait surface par l’intermédiaire de Michel Hazanavicius et du scénariste Jean-François Halin. L’idée serait de mettre en avant l’acteur Jean Dujardin, dont les traits ressembleraient à ceux de Sean Connery. Néanmoins, la volonté derrière ce retour serait de jouer avec les codes du genre à travers un pastiche qui les exacerberait jusqu’au paroxysme, transformant ainsi le futur OSS 117 : Le Caire, nid d’espions en une comédie.
C’est là où réside le tour de force de cette nouvelle adaptation. En reprenant toute l’essence du personnage d’origine, son machisme assumé ainsi que son narcissisme prononcé, l’équipe réussit à forcer le trait tout en ne dénigrant jamais explicitement le personnage pour que le spectateur puisse en tirer les conclusions par lui-même, débouchant sur un humour salvateur.
Il y a également toute une minutie du détail dans la réalisation de Michel Hazanavicius. En cherchant à reproduire les techniques de l’époque, en reprenant carrément le matériel utilisé à l’époque de l’âge d’or des films James Bond avec Sean Connery, on assiste à une immersion totale dans ce monde oublié du 7ème art pour arriver à une auto-dérision qui vise juste.

Les séquences en voiture tournées en studio, la fumée de la cigarette qui stagne en hauteur alors que les protagonistes se trouvent dans une voiture en marche, les mouvements de caméra utilisés face aux contraintes de l’époque, on est plongé dans ce Caire fictif des années 50-60. La composition musicale dirigée par Ludovic Bource nous plonge même un peu plus dans l’esprit de l’époque.
Jean-François consolide le tout avec un scénario truffé de moments cocasses qui sont sublimés par ses interprètes, avec en tête un Jean Dujardin qui s’amuse comme un enfant dans la peau de cet agent secret aujourd’hui dépassé et en total décalage avec la période dans laquelle il vit. Ses qualités évidentes finissent par aboutir à un joli succès en salles, ce qui enclenchera la mise en production d’une suite qui sortira trois ans plus tard.

Rio, une réponse à haut niveau
OSS 117 : Rio ne répond plus sort en 2009. La première chose qui nous frappe en visionnant cette suite est sa volonté de pousser encore plus loin les curseurs mis en place par son prédécesseur. On sent que les limites du premier volet ont été poussées grâce à son succès au cinéma et une carte blanche a été offerte à l’équipe créative pour cette suite. L’humour en devient plus noir et les décors plus étoffés, ce qui appuie encore plus les ambitions affichées par le film.
Ce nouvel OSS 117 apporte également un point de vue intéressant autour de l’agent de la Bath en l’ancrant au sein des années 60. Décennie de la libération caractérisée par le mouvement hippie, Michel Hazanavicius et Jean-François Halin confrontent l’agent secret face à une époque qui décide de s’émanciper de cette image dépassée que représente ce personnage.

Cela renforce le côté pastiche recherché par ses créateurs et Jean Dujardin s’en amuse d’autant plus dans ce décalage générationnel. Les références cinématographiques et culturelles foisonnent dans ce deuxième volet, peut-être parfois un peu trop, mais le plaisir n’en reste pas moins présent.
L’échelle des ambitions est tellement haute que les défauts en ressortent un peu plus, comme ces plans en effets spéciaux qui cassent par moment la méticulosité d’une réalisation cherchant à s’inscrire dans la méthodologie technique des années 60.

Malgré cela, le film va à fond dans ce qu’il cherche à transmettre et le plaisir n’en devient que bien plus grand durant le visionnage. Le personnage principal en ressort encore plus ridicule, mais avec toujours la même affection de ses créateurs envers lui.
Souvent amoindrie par la surprise provoquée par son aîné, cette suite arrive pourtant à s’en démarquer et mérite que l’on s’y attarde un peu plus. A sa sortie, OSS 117 : Rio ne répond plus parvient à atteindre les scores du premier volet et confirme son statut d’œuvre phare dans le paysage cinématographique français.

Afrique noire, alerte aux déboires
Malgré le succès de ces deux premiers films, un troisième volet n’est pas tout de suite mis en production. Les ambitions sont ailleurs à ce moment-là, avec l’arrivée de The Artist au cinéma, porté par Michel Hazanavicius et Jean Dujardin à l’écran. Cela aboutit à une tournée américaine qui changera pendant un temps la trajectoire de leur carrière respective, bien qu’ils ne cachaient par leur volonté de revenir faire un tour dans ce monde décalé du contre-espionnage.
Les années passent et le projet reste en suspens. En 2018, Michel Hazanavicius déclare que le prochain film avancera sans lui, n’étant pas satisfait de la trajectoire prise pour le personnage, et est remplacé par Nicolas Bedos. Des doutes commencent à émerger quant à la qualité de cette troisième itération, mais la présence de Jean-François Halin au scénario et de Jean Dujardin dans le rôle principal aident à amoindrir ces premières impressions. L’annonce du titre, dorénavant OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire, rassure également en prouvant visiblement que l’humour ne sera pas dénaturé à la suite de ce changement de réalisateur.

Le film finit par sortir en 2021 et essuie les plâtres. Le changement de réalisation se fait clairement ressentir dès la première séquence du film. La minutie des précédentes réalisations y est moins présente dans cette suite jugée tardive et qui donne plus l’impression de vouloir surfer sur le succès de la duologie plutôt que de créer sa propre identité. Jean Dujardin fait néanmoins transparaître toute son énergie et son amour pour le personnage d’Hubert, offrant toujours ce décalage bienvenu entre lui et son époque.
Toutefois, quelque chose nous reste en travers de la gorge une fois la séance terminée. En effet, si les deux précédents films tournaient implicitement en ridicule le personnage d’OSS 117, ce nouvel opus semble adhérer à cette vision du monde tout en disant regretter cette époque où tout était plus simple.

C’est principalement là où le problème se crée. Au lieu de critiquer l’époque dépeinte et ses figures désuètes, le film a l’air plutôt de s’y complaire. En s’intéressant de plus près à la morale du film, ce dernier se conclue sur une valorisation de ses figures aujourd’hui controversées et un dénigrement des personnages portant une vision plus progressiste.
Face au succès relatif au box-office et à la réception très tiède des critiques spécialisées et du public, ce retour autant attendu que redouté n’aboutira pas à l’enclenchement d’un autre volet. Depuis, pas de véritable déclaration des intéressés sur une éventuelle suite, certains coincés dans des affaires pour agressions sexuelles et d’autres semblant être passés à autre chose. Pour l’instant.
La franchise OSS 117 aura connu une nouvelle heure de gloire sous une forme assez ironique quand on la compare à ses origines, mais ô combien réussie sous l’égide d’un trio d’acteurs au sommet de leur talent. Cette duologie connaîtra une suite plus d’une décennie plus tard qui n’arrivera pas à capturer l’essence créative qui avait fait toute la réussite des premiers films. Il n’empêche que sa portée culturelle et générationnelle s’est depuis bien étendue et aura sûrement pavé la route d’une nouvelle génération d’artistes inspirés par ces pastiches cultes du cinéma français.
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