« Wednesdays » : un jeu aussi puissant qu’important [TEST]

"Wednesdays" : un jeu aussi puissant qu'important [TEST]

Il y a des jeux qui marquent de par leur puissance émotionnelle et leur utilité publique. Wednesdays aborde plusieurs sujets de société perçus comme tabous, avec douceur et bienveillance. Une odyssée viscérale d’environ 2 heures qui ne laisse pas indifférent et qui sensibilise à la libération de la parole. Le jeu a récemment remporté les prix « Meilleure accessibilité » et « Au-delà du jeu vidéo » aux Pégases, la grande cérémonie du jeu vidéo.

Un gameplay simple, mais immersif

Wednesdays commence par une partie d’Orco Park, le jeu vidéo d’enfance de Timothée, que l’on va suivre tout au long du jeu. Cette orque en costume est accueillante, bienveillante, et le restera tout au long du jeu. Il va nous aider à construire notre parc, qui est en réalité une allégorie de la mémoire de Tim. On peut construire des attractions et des décorations qui nous feront gagner de la monnaie (sous forme de coquillages) et des visiteurs.

Chaque attraction représente un souvenir, dans lequel on se plonge. A savoir que chacun d’entre eux est représenté par un niveau de dangerosité qui signale à quel point le contenu est sensible. On peut lire dans une note ce qui va se passer dans la scène si on en ressent le besoin.

Petit à petit, les morceaux se rassemblent… On suit la vie de Timothée et son rapport à la sexualité, des expériences innocentes aux choses plus dérangeantes. Puis, son parcours de victime, et celui des autres aussi. Ces gens qui l’entourent, comment on en parle entre nous… La narration repose sur une mémoire fragmentée avec des scènes de BD interactive où on choisit les dialogues de l’interlocuteur de Tim à chaque fois, jusqu’à ce qu’il récupère sa parole de victime et qu’il se fasse entendre. 

C’est une narration très intelligente, rien qu’avec ce contrôle de la parole. On notera aussi des dialogues très impactants, que ce soit sur le sujet des violences sexuelles, des tabous, mais aussi du traumatisme intergénérationnel et de nos rapports à la solitude et aux autres. Orco se souvient, Tim aussi… Et on agit dans le présent, maintenant qu’il est prêt et qu’il a dépassé son amnésie traumatique.

C’est un gameplay qui est simple, mais efficace, et la direction artistique des deux parties du jeu sont à la fois distinctes et complémentaires. C’est beau, la colorimétrie est douce, l’allégorie visuelle est forte. C’est une réussite artistique et thématique.

A noter que les paramètres d’accessibilité sont très personnalisables pour une expérience adaptée à tous.

Un sujet lourd, qui ne submerge pas

Wednesdays commence avec un avertissement : le jeu est déconseillé aux moins de 16 ans, il parle de violences sexuelles, notamment intrafamiliales, et il ne représente pas la pluralité des expériences des victimes. Il est aussi dit dans ce carton vigilant que c’est un jeu qui a pour vocation de mettre sa pierre à l’édifice dans la libération de la parole. Les scènes sont passables si elles sont trop dures.

On sensibilise à la fois délicatement et franchement. On a des scènes suggérées qui peuvent selon chacun plus ou moins heurter. Rien de graphique cependant, pas de désir de choc, une vraie volonté de parler d’un homme qui navigue à travers sa sexualité en tant que survivant d’abus. Entre amourettes, discussions avec d’autres victimes, questionnements sur son orientation et recherche de souvenirs… On vit tout avec Tim.

Comment la société voit-elle tout ça ? Comment une victime voit-elle son bourreau ? Comment parler ? Le jeu ne donne évidemment pas de réponse magique, mais il en parle et fait vœu de transmission ; notamment avec une scène dans laquelle notre personnage inculque les valeurs de l’expression à son filleul.

On va parler. Parler encore et encore. Avec des mots d’enfants. Avec des mots d’adultes. Avec tous les mots qu’on trouvera. Et s’il le faut, on en inventera.

– Timothée, protagoniste du jeu

On a vraiment des dialogues beaux, efficaces, bien rythmés, qui sensibilisent par un aspect très réaliste. On a aussi un accueil de la parole des personnages, un message très clair dans l’accompagnement de la victime. Les numéros d’aide sont également disponibles sur le site d’Arte, qui a coproduit le jeu.

wednesdays

Wednesdays est un très beau jeu, en plus d’être d’utilité publique. Le jeu arrive gratuitement sur mobile le 25 mars. En attendant, il est disponible sur Steam pour PC et Mac au prix de 9,99 euros. Un bonus sera également bientôt disponible à l’achat au prix de 3,99 euros. Il consistera en un making-of dans lequel l’équipe parlera du jeu et des questions fréquentes qui leur sont posées. 

Le dernier trailer de Wednesdays

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