Dans une Amérique en proie à la dépression des années 30, deux jeunes adolescents vont participer à un concours de danse, afin de gagner une prime importante. Classique de la littérature américaine, On achève bien les chevaux de Horace McCoy mérite un regard actuel face à une société en proie au spectacle de la réussite factice et au spectre du chômage.

La crise de 1929 a plongé l’Amérique dans une crise économique exceptionnelle. Dans cette époque de trouble, la jeunesse rêve d’un avenir, de perspectives, de réussites ou bien encore de joie. A en croire le récit de Horace McCoy On achève bien les chevaux, la perspective s’avère sombre, douloureuse et infernale.
Marche ou crève
On achève bien les chevaux est une œuvre qui traverse le temps comme le bon vin vieillit. C’est un récit poignant qui associe très bien le roman noir d’antan (le livre a été écrit en 1935) et le récit d’adolescents en proie à des problèmes de leur âge… Mais la puberté est ici dépassée par un problème plus sombre : l’impossibilité de se construire un avenir stable.
En ce sens, l’auteur nous pond un récit aussi sombre que difficile à déterminer – et terminer -, tant le concours se montre un véritable massacre psychologique. McCoy nous montre à quel point tenir debout peut devenir une épreuve physique que l’on peut ressentir rien qu’en lisant le roman. L’argument est louable et la forme est forte. On ressent les intentions des divers protagonistes, et chaque page nous rapproche de l’inévitable tragédie. Un récit aussi macabre que déshumanisé, qui a sûrement dû inspirer Marche ou crève de Stephen King.
Et ça tourne et ça tourne et ça tourne…
Le récit de On achève bien les chevaux prend place dans un bal, un présentateur annonce les gagnants et les perdants. L’objectif est de continuer de danser, et qui abandonne n’empoche rien du tout. Pire, il ne doit rester qu’un seul couple debout ! Les tristes perdants se retrouvent très souvent dans des soupirs et des larmes, s’ils ne se sont pas écroulés d’épuisement.
On ne dort que quelques heures par jour et on mange quand on en a l’autorisation. La concurrence est dure, cruelle, et on n’hésite pas à faire des crasses aux adversaires pour empocher le magot. Nos deux héros : Gloria et Robert, vont se (dé)battre comme ils le peuvent afin de gagner la prime pour pouvoir subvenir à leur besoin, et peut-être songer à leur avenir proche…
On achève bien les chevaux, du roman à l’écran
Sydney Pollack réalise l’adaptation en 1969 et propose un film fidèle au roman. L’interprétation de Jane Fonda (Gloria) et Michael Sarrazin (Robert) est sensible et sincère. Jane Fonda incarne à la perfection cette fille désemparée, prisonnière de sa vie minable, en quête de réussite et de succès. Elle se révèle au final plus figurante de sa vie que personnage principal. L’illusion la rend amère et déçue, elle profite du concours pour s’échapper de là où elle vient…
Michael Sarrazin lui joue son alter égo masculin. Les deux êtres ne dansent que pour gagner, il ne s’aiment même pas, leur seul but est l’appât du gain. Mais au fond, Ils souffrent tous les deux de la solitude et du manque de perspective d’espoir.
Comment accueillir l’innocence et le bonheur de la jeunesse quand le manque d’argent nous montre à quel point on est petit en ce monde ? Les gros poissons dirigent le cirque, les petits dansent au rythme imposé… Une belle métaphore finalement ce On achève bien les chevaux !

Une danse avec le diable
Dans On achève bien les chevaux, le bal représente ici une micro-société, où tous les coups sont permis. On trouvera des acteurs super chouettes, à l’image de Bruce Dern (Un fidèle de Walter Hill) et Bonnie Bedelia (Holly McClane dans Piège de Cristal) qui jouent également à la perfection un couple traditionnel. Bonnie Bedelia incarne une mère enceinte, naïve, qui se retrouve à vivre la maternité encore toute jeune.
On y trouve aussi une pin-up et son copain un peu paumé, des spectateurs qui observent les danseurs, et n’oublions pas l’animateur du concours, ancien du show business, qui profite bien malgré lui de la faiblesse des participants, dont Gloria, qui lutte pour gagner le concours coûte que coûte.
Une œuvre qui nous ressemble ?
Le film de Pollack est un spectacle absurde, digne des meilleurs films sur la recherche d’identité dans le monde du spectacle. On peut penser par exemple à Rollerball de Norman Jewison (1975), qui montrait un James Caan en fin de carrière sportive, imagé par les médias sous le sceau de l’ultra-violence libératrice du spectacle médiatique.
On achève bien les chevaux est un film qui a très probablement eu une influence forte sur le cinéma engagé d’une jeunesse en mal de vivre. Bien que James Dean et autres Marlon Brando se soient essayés au cinéma adolescent en crise, On achève bien les chevaux ! nous amène ici à une dépersonnalisation et une démoralisation complète du capitalisme lorsque celui-ci montre sa vulnérabilité et ses limites…
De On achève bien les chevaux ! à nos programmes actuels – comme Koh Lanta – l’œuvre de Horace McCoy nous jauge dans notre capacité à supporter la souffrance d’autrui. Une œuvre véritablement attachante, mais aussi difficile à lire. Un véritable paradoxe littéraire qui pointe notre propre curiosité morbide, humaine, entre attraction et répulsion.
Une grande œuvre aux multiples facettes. Un roman et une adaptation qui vous feront tourner la tête. Un récit aussi psychologique que physique, où Robert et Gloria vous emporteront dans la folie et la frénésie de leur dernière danse.
Et ça tourne et ça tourne et ça tourne…
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