La Cour des Miracles de Paris, la ville dans la ville

La Cour des Miracles de Paris, la ville dans la ville

La Cour des Miracles, un endroit popularisé par les romans de Victor Hugo, a bel et bien existé. Une véritable ville dans la ville, qui fut détruite définitivement en 1784 sur ordre de Louis XVI.

La Cour des Miracles de Hugo

Dans Notre Dame de Paris 1836, Victor Hugo s’aventure dans une Cour des Miracles médiévale et romancée, qui a depuis marqué les esprits. Un récit qu’il reprend à Henri Sauval dans ses Histoires et recherches des antiquités de la Ville de Paris.

« C’était une vaste place, irrégulière et mal pavée, comme toutes les places de Paris alors. Des feux, autour desquels fourmillaient des groupes étranges, y brillaient çà et là.

Tout cela allait, venait, criait. On entendait des rires aigus, des vagissements d’enfants, des voix de femmes. Les mains, les têtes de cette foule, noires sur le fond lumineux, y découpaient mille gestes bizarres.

Par moments, sur le sol, où tremblait la clarté des feux, mêlée à de grandes ombres indéfinies, on pouvait voir passer un chien qui ressemblait à un homme, un homme qui ressemblait à un chien. Les limites des races et des espèces semblaient s’effacer dans cette cité comme dans un pandémonium.

Hommes, femmes, bêtes, âge, sexe, santé, maladie, tout semblait être en commun parmi ce peuple ; tout allait ensemble, mêlé, confondu, superposé ; chacun y participait de tout. » 

Les lieux de miracles 

Concernant la localisation de la Cour des Miracles, elle aurait changé à travers le temps, mais il y en avait aussi près d’une dizaine en même temps (dans Paris). Il est donc certainement plus juste de parler « des » cours des miracles. La plus grande et célèbre d’entre elles devait se situer dans le quartier des Halles, où subsistent encore la rue de la Grande-Truanderie et de la Petite-Truanderie. C’est à l’époque le fief d’Alby. Dans le livre Histoire et recherches des antiquités de la ville de Paris, Henri Sauval (1623-1676) décrit la cour des miracles. En mettant l’emphase sur la misère du quartier.

« [La Cour des Miracles] consistait en une place d’une grandeur considérable et en un très grand cul de sac, puant, boueux, irrégulier, non pavé. Autrefois, elle se confinait aux dernières extrémités de Paris, à présent située dans l’un des quartiers les plus mal bâtis, les plus sales, les plus reculés de la ville entre la rue Montorgueil, le couvent des Filles-Dieu et la rue Neuve-SainI-Sauveur, connue dans un autre monde.

Pour y entrer, il faut descendre une assez longue pente de terre, difforme, raboteuse, inégale. J’y ai vu une maison de boue à demi enterrée, toute chancelante de vieillesse et de pourriture, qui n’a pas quatre toise carré (60 mètres carrés) et ou logent néanmoins plus de cinquante ménages chargés d’une infinité de petits enfants légitimes, naturels et dérobés. »

Extrait du plan Belleforest 1575 avec la délimitation de la Grande Cour des Miracles

Il y eut plusieurs tentatives de destruction et de démantèlement de cette place. En 1630, lorsque Louis XIII organise la construction une rue censée traversée la Grande Cour des Miracles de part en part. Mais plusieurs maçons sont assassinés sur le chantier. Près de 40 ans plus tard en 1667, Louis XIV fait appel au lieutenant-général de police de Paris : Gabriel Nicolas de La Reynie.

Il le charge de détruire les différents lieux de délinquance de la capitale. 60 000 mendiants et estropiés sont marqués au fer rouge et condamnés aux travaux forcés. Mais les bandits ne sont pas chassés longtemps et reprennent vite le pouvoir. C’est en 1784 qu’un édit royal ordonne la destruction de toutes les maisons du Fief d’Alby, signant la fin de la cour des miracles.

La société des miracles et l’origine du nom

La population qui habite la Cour de Miracles se constitue de tout le catalogue des marginaux : infirmes, mendiants, circassiens, jongleurs, voleurs, prostituées. Bénéficiant du « droit d’asile » bohémien, elle protège ceux qui se cachent de la police qui n’ose pas aller les y chercher.

Croisement des rues de la Grande et de la Petite Truanderie

Cette cité dormait le jour. En effet, les valides et les argotiers s’en allaient dans d’autres quartiers de Paris une fois le soleil levé. Les malades et les infirmes en revanche, y restaient même la journée. Dans Histoire de Bicêtre 1890, Paul Bru explique l’origine du nom de ce repère de miséreux.

« Depuis plusieurs siècles, Paris et ses environs étaient infestés d’une foule de vagabonds et de pauvres. La plupart, gens sans aveu, mendiants de profession, tenaient leurs quartiers généraux dans les cours des Miracles. On nommait ainsi leurs repaires parce qu’en y entrant ils déposaient le costume de leur rôle. Les aveugles voyaient clair, les paralytiques recouvraient l’usage de leurs membres, les boiteux étaient redressés. Tous les moyens leur semblaient bons pour exciter la compassion des passants. »

Bien que considérée comme un espace de non-droit, cette cour s’organisait sous ses propres lois et sa propre langue. Les habitants refusent de payer l’impôt du roi. Il y avait a priori deux types de brigands, les coupeurs de bourse et les argotiers. Les premiers étaient spécialistes du vol à la tire, une bande de pickpocket en somme. Pour les seconds, on parle indifféremment de « l’Argot », pour leur corporation et pour leur langue. Ceux-là étaient des mendiants de profession, qui attiraient la pitié des passants sur de fausses infirmités.

En 1427, une autre compagnie de voleur arrive à Paris. Ce sont les Bohémiens, d’origine égyptienne, d’anciens musulmans convertis en chrétiens. Les diseurs de bonne aventure. Cependant ils ne se fixent pas dans Paris, d’autant plus qu’ils sont plusieurs fois chassés du royaume de France.

Le « grand Coësre ». Gravure extraite du Recueil des plus illustres proverbes divisés en trois livres : le premier contient les proverbes moraux, le second les proverbes joyeux et plaisants, le troisième représente la vie des gueux en proverbes, Jacques Lagniet, Paris, 1663.

Les argotiers

Les habitants élisaient un roi des argotiers pour les gouverner, le « grand Coësre » dont l’un qui fut nommé le « roi de Thune ». Dont les armoiries étaient un chien mort au bout d’un bâton. Ce roi dirigeait tous les mendiants de France. Ceux-ci répondaient aux ordres des « cagous« , les lieutenants du roi de Thune. Plus haut dans la hiérarchie se trouvaient les « archisuppôts » les conseillers et savants de cette société, qui enseignaient l’argot aux nouveaux venus. Les autres officiers sous les cagous portent des noms plus farfelus les uns que les autres : marcandiers, risodés, malingreux, capons, piètre, polissons, francs mitoux, orphelins, sabouleux, hubins, coquillards, courteaux de boutanche.

La Cour des Miracles aujourd’hui

En 1905, le quotidien Paris raconte ce qu’est devenue la place légendaire.

« La Cour des Miracles, qui était autrefois un vrai repaire de bandits, est devenue un marché de bric-à-brac. […]

Aujourd’hui, une cour s’appelle encore Cour des Miracles ; on accède du côté de la rue Réaumur par un couloir vitré faisant angle, à peine large de deux mètres et nommé passage de la Cour des Miracles. […] »

Mais on la connaît aussi grâce au Bossu de Notre Dame de Disney, qui cette fois semble se trouver dans les catacombes ou les égouts de Paris. 

Sources :

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