Cinéma et IA : vers la fin de la figuration ?

L’industrie du cinéma est en expansion permanente. Et ce n’est plus un secret pour personne, l’intelligence artificielle en fait progressivement son royaume. Si aux États-Unis la question provoque depuis quelques mois beaucoup de mouvement, le monde entier doit aujourd’hui se poser la question…

Un danger pour les métiers du cinéma ?

Dire quHollywood est en flammes serait presque un euphémisme, tant le tonnerre y gronde. Les scénaristes et acteurs sont entrés en guerre ouverte contre l’industrie, avec raisons, et beaucoup de superproductions sont à l’arrêt. Qu’est-ce qui provoque autant de bruit ? Les raisons sont nombreuses, et parmi l’une d’elles, il y a l‘intelligence artificielle.

Car comme si l’Histoire du cinéma n’avait pas voulu nous mettre en garde (Terminator, Transcendance, ou même Wall-E…), l’humanité permet à cette technologie de grandir, de gagner en puissance et en possibilités. Ils ne servaient autrefois que de simples assistants vocaux sur nos téléphones et ordinateurs. Ils sont maintenant capables de tenir une conversation, de réécrire nos dissertations, de produire des œuvres d’art, et même d’imaginer des pitchs de films ! Attention, l’IA, à l’heure actuelle, n’a pas du tout atteint le niveau nécessaire pour nous piquer le métier de scénariste. Mais, il y a une dizaine d’années, elle était loin de pouvoir faire ce qu’elle fait aujourd’hui… Faut-il s’affoler ?

Une sonnette d’alarme a été tirée sur le tournage du Comte de Monte-Cristo avec Pierre Niney en tête d’affiche. Via un reportage de France Info, un figurant explique avoir participé à une séance photo assez particulière, somme toute, une séance de clonage. Devant un fond vert, on aurait numérisé son visage pour l’utiliser dans le cadre des effets spéciaux. D’autres ont suivi son témoignage et expliqué que, eux aussi, avaient été clonés numériquement. A quelles fins ?

« Des stickers avaient été collés, il me les indiquait en me disant […]  c’est pour faire des doubles numériques, pour les effets spéciaux. »

Un manque de transparence inquiétant

Ce qui inquiète les figurants, c’est le manque de clarté de la part des équipes de production. En effet, ceux-ci se contenteraient de leur demander de venir prendre des photos, sans jamais préciser dans quel but. À moins que les figurants ne le demandent eux-mêmes. Et la réponse la voici : générer de plus grosses foules dans le film, en utilisant les clones à des endroits où on ne peut distinguer les visages. Gain de temps et d’argent, mais assurément perte d’éthique.

« Quand on demandait à quoi ça allait servir, les chargés de figuration nous répondaient que c’était pour créer une plus grosse foule. Mais il fallait aller les voir et leur demander. »

Pour autant, il n’y a rien de novateur dans cette technique. Rien qui ne devrait nous affoler quant à la montée de l’IA, rien qui ne devrait alourdir sa place. Car ce procédé n’est pas vraiment géré par l’IA comme on l’entend aujourd’hui. Ce sont les logiciels de montage qui s’occupent habituellement des effets spéciaux qui gèrent cela. Quand on voit un dragon, ou un monstre dans un film par exemple. Cela ne veut pas dire que c’est une bonne technique et qu’il n’était pas temps qu’on en parle. Mais en réalité, les films dans lesquels se déroule une guerre par exemple, n’ont pas toujours eu recours au même nombre de figurants sur le tournage qu’à l’écran. Il peut être ardu de rassembler deux armées entières, on ne présente plus l’exemple typique du Seigneur des Anneaux. Il en va de même pour les films utilisant des plans très larges dans de très grandes villes. Le procédé n’est pas nouveau. Et les studios ayant recours à ces méthodes sont catégoriques sur le fait que les figurants, physiquement, sont et seront toujours nécessaires, comme le dit Pathé :

« Ce n’est pas du tout une évidence de réduire le nombre de figurants. On aura toujours besoin de figurants. »

Qu’on se rassure : il n’y a pas toujours des armées entières sur les plateaux !

L’IA n’a pas encore gagné la course, mais elle court vite

À l’heure actuelle, l’utilisation de l’IA à la place de vrais figurants n’est pas une option viable pour les studios. Que ce soit en termes de temps, d’argent, de réputation, ou même de disputes juridiques… Nous avons encore un peu de temps avant que la fin de la figuration n’arrive. Cela ne veut cependant toujours pas dire que nous sommes complètement à l’abri. Les acteurs militent en ce moment même aux États-Unis pour prévenir les dérives que certains studios voudraient se permettre avec ces techniques. Techniques qui commencent aussi à menacer le monde du doublage…

Car le terme d’escalade s’applique très bien à la situation. Au début des années 2000, il n’y avait que du côté des gros noms d’Hollywood qu’on pouvait recréer des foules numériquement. Maintenant, quasiment tout le monde peut le faire. Alors il faut bien que le quartier maître du cinéma continue à se démarquer. La prochaine étape : recréer des acteurs pour les utiliser sans avoir à les faire venir. Prenez Carrie Fisher et Peter Cushing dans Rogue One comme exemple. Cette fois, Hollywood voudrait le faire avec des acteurs encore en vie. Là se trouve une part des enjeux de la grève actuelle.

Si la figuration n’est pas vraiment en danger dans l’immédiat, de vrais questionnements doivent s’opérer quant à l’utilisation de l’IA dans les métiers du cinéma, un des secteurs qui vont être les plus menacés par l’ascension de cette dernière. Affaire à suivre…

 

Source : France Info

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